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🇧🇫 DIBAWORLD – LES CHRONIQUES D’AFRIQUEÉPISODE 17 — BLAISE COMPAORÉ : DE LA « RECTIFICATION » DE LA RÉVOLUTION À LA CHUTE DU RÉGIME

il y a 17 heures
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ÉPISODE 17 — BLAISE COMPAORÉ : DE LA « RECTIFICATION » DE LA RÉVOLUTION À LA CHUTE DU RÉGIME

Le Burkina Faso, autrefois appelé Haute-Volta, a connu au cours de son histoire contemporaine plusieurs bouleversements politiques majeurs. Mais peu de périodes auront autant marqué le pays que celle qui commence le 15 octobre 1987, lorsque Thomas Sankara est assassiné et que Blaise Compaoré prend le pouvoir. Pour comprendre les événements qui vont suivre, il faut revenir quelques années en arrière, à l'époque où Sankara et Compaoré étaient encore des compagnons d'armes et où une nouvelle génération de militaires voulait transformer profondément la Haute-Volta.

Le 4 août 1983, Thomas Sankara était arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'État. Il avait rapidement engagé une politique révolutionnaire visant à transformer la société, à lutter contre les privilèges, à développer l'éducation et la santé, à renforcer la production nationale et à donner au pays une nouvelle identité. En 1984, la Haute-Volta devient officiellement le Burkina Faso, un nom signifiant « pays des hommes intègres ». Pendant quatre années, Sankara devient progressivement une figure connue bien au-delà des frontières du pays. Mais derrière l'image d'une révolution populaire se développent également des tensions entre les différents dirigeants révolutionnaires.

Blaise Compaoré occupe alors une place essentielle dans le pouvoir.

Il est l'un des principaux compagnons de Sankara et participe lui-même à la révolution de 1983. Cependant, les relations entre les deux hommes se détériorent progressivement. Les divergences politiques deviennent de plus en plus importantes et le régime révolutionnaire traverse des tensions internes. Finalement, le 15 octobre 1987, des militaires prennent d'assaut le lieu où se trouve Thomas Sankara. Sankara et plusieurs de ses compagnons sont tués. Blaise Compaoré prend ensuite la tête du pays.

Cet événement constitue une rupture historique. Celui qui avait été l'un des principaux alliés de Sankara devient désormais son successeur. Le nouveau pouvoir affirme cependant ne pas vouloir simplement détruire l'héritage de la révolution. Il présente son projet comme une « rectification ». Selon le nouveau régime, il faut corriger certaines orientations de la révolution et mettre fin à certaines pratiques considérées comme excessives. Le Front populaire devient alors la nouvelle structure politique dominante.

Mais dans les années qui suivent, les changements deviennent profonds. Les Comités de défense de la révolution, qui avaient joué un rôle important pendant la période Sankara, perdent progressivement leur influence. Les structures révolutionnaires sont démantelées ou réorganisées. L'État revient progressivement vers un fonctionnement plus classique. Le discours révolutionnaire perd de son importance et le gouvernement de Compaoré cherche à établir de nouvelles relations avec les partenaires étrangers.

Sur le plan économique, l'orientation change également.

 Le Burkina Faso cherche davantage à attirer les investissements privés et étrangers. Les politiques d'ajustement structurel qui touchent de nombreux pays africains dans les années 1980 et 1990 influencent également le pays. L'État réduit progressivement certaines de ses interventions directes dans l'économie. Les entreprises publiques sont restructurées et certaines sont privatisées. Le secteur privé commence à occuper une place plus importante dans l'économie nationale.

Cette évolution constitue une différence importante avec la période révolutionnaire. Sous Sankara, l'État avait fortement insisté sur l'autosuffisance, la mobilisation populaire et la production nationale. Sous Compaoré, le gouvernement cherche davantage à intégrer le Burkina Faso dans l'économie régionale et internationale. Le pays développe ses relations commerciales avec ses voisins et cherche à attirer davantage de capitaux.

Mais malgré cette ouverture, les problèmes économiques du Burkina Faso restent importants. Le pays demeure l'un des États les plus pauvres de la région. Une grande partie de la population dépend de l'agriculture et reste vulnérable aux conditions climatiques. Le développement des infrastructures demeure un défi. L'accès à l'eau, à l'électricité, à l'éducation et aux soins de santé reste inégal selon les régions.

Au début des années 1990, Blaise Compaoré entreprend également une transformation politique. Après plusieurs années de régime révolutionnaire, le Burkina Faso adopte une nouvelle Constitution en 1991 et entre dans la période de la IVe République. Le multipartisme revient officiellement et des élections présidentielles sont organisées.

Le 1er décembre 1991, Blaise Compaoré est élu président. Mais l'opposition décide de boycotter l'élection, considérant que les conditions de la compétition politique ne permettent pas une véritable alternance. Le pays possède désormais des institutions constitutionnelles et un système multipartite, mais le pouvoir reste fortement dominé par Compaoré et son entourage politique.

Au fil des années, le président consolide son influence. Son régime devient durable. Les élections se succèdent et Compaoré est réélu en 1998, en 2005, puis en 2010. Son camp politique domine largement les institutions. Pourtant, en parallèle, une société civile active continue de se développer. Les syndicats, les journalistes, les étudiants, les associations et les organisations de défense des droits humains jouent un rôle important dans la vie publique.

L'un des événements les plus douloureux de cette période survient en 1998 avec l'assassinat du journaliste Norbert Zongo.

Norbert Zongo est le directeur de publication du journal L'Indépendant. Il est connu pour ses enquêtes et ses critiques du pouvoir. Le 13 décembre 1998, il est retrouvé mort dans un véhicule à proximité de Sapouy, avec trois autres personnes. L'affaire provoque immédiatement une immense émotion dans le pays.

Des milliers de personnes demandent que les responsables soient identifiés et jugés. Des journalistes manifestent. Des syndicats se mobilisent. Des étudiants descendent dans les rues. Des associations de la société civile réclament une enquête indépendante. Le pays traverse une profonde crise politique.

L'affaire Zongo devient progressivement un symbole des débats sur la liberté de la presse, la justice et l'impunité au Burkina Faso. Elle marque durablement la société burkinabè et affaiblit l'image du pouvoir auprès d'une partie de la population.

Malgré cette crise, Blaise Compaoré reste au pouvoir. Son influence dépasse progressivement les frontières du Burkina Faso. Il joue un rôle dans plusieurs médiations et négociations régionales. Ouagadougou devient notamment un lieu important pour certaines discussions concernant les crises politiques en Afrique de l'Ouest. Le Burkina Faso développe également ses relations avec ses voisins et avec différents partenaires internationaux.

Mais alors qu'une partie de la diplomatie burkinabè se développe, une autre question commence à prendre une importance croissante dans le pays : la succession de Blaise Compaoré.

Depuis plusieurs années, le président est au pouvoir. Une réforme constitutionnelle adoptée en 2000 limite le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une fois. Compaoré est néanmoins réélu en 2005 puis en 2010. À l'approche de la fin de ce qui doit être son dernier mandat selon les nouvelles règles, la question d'une éventuelle modification de la Constitution devient de plus en plus sensible.

Le débat se concentre particulièrement sur l'article 37 de la Constitution, qui encadre le nombre de mandats présidentiels.

Le camp présidentiel envisage une modification constitutionnelle qui permettrait à Compaoré de se représenter. L'opposition et plusieurs organisations de la société civile rejettent cette possibilité. Le débat devient progressivement un affrontement politique majeur.

Pendant des mois, les tensions augmentent.

Dans les rues, des manifestations sont organisées.

Dans les médias, les débats deviennent de plus en plus intenses.

Dans les partis politiques, les discussions sur l'avenir du pays se multiplient.

La question dépasse progressivement la personne de Blaise Compaoré. Elle devient une question sur le fonctionnement des institutions et sur la possibilité d'une alternance politique après plusieurs décennies de pouvoir.

Puis arrive octobre 2014.

Le gouvernement annonce officiellement son intention de faire examiner par l'Assemblée nationale un projet de modification de la Constitution. L'opposition appelle à la mobilisation. Les organisations de la société civile se joignent au mouvement. Les manifestations deviennent massives.

Le 28 octobre 2014, une mobilisation d'une ampleur exceptionnelle a lieu dans le pays. Des centaines de milliers de personnes descendent dans les rues selon les estimations disponibles. Le pouvoir se retrouve face à une contestation qui dépasse désormais les partis politiques.

Le 30 octobre 2014, le Parlement doit examiner le projet de modification constitutionnelle.

Mais les événements échappent rapidement au contrôle des autorités.

Des manifestants envahissent l'Assemblée nationale.

Le bâtiment est incendié.

D'autres bâtiments publics sont attaqués.

Des manifestations se déroulent à Ouagadougou et dans d'autres villes.

La situation devient extrêmement tendue.

Le pouvoir politique vacille.

Blaise Compaoré se retrouve désormais face à une mobilisation populaire qui exige son départ.

Le 31 octobre 2014, après près de 27 années au pouvoir, Blaise Compaoré annonce finalement sa démission.

Une époque vient de se terminer.

L'homme qui avait pris le pouvoir en 1987 après la mort de Thomas Sankara quitte maintenant la présidence sous la pression d'une insurrection populaire.

Mais le Burkina Faso doit immédiatement répondre à une nouvelle question :

Qui va diriger le pays ?

Dans les heures qui suivent la démission de Compaoré, l'armée joue un rôle central. Le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida annonce prendre la direction de la transition. Mais cette situation ne peut pas durer. La pression de la population et de la communauté internationale pousse rapidement vers une transition civile.

Finalement, Michel Kafando, diplomate de carrière, est choisi comme président de la transition. Yacouba Isaac Zida devient Premier ministre.

Leur mission est claire : préparer le pays à de nouvelles élections et permettre au Burkina Faso de revenir à un pouvoir civil élu.

Mais la transition va elle-même connaître une crise majeure.

En septembre 2015, des membres du Régiment de sécurité présidentielle, le RSP, arrêtent temporairement Michel Kafando et Yacouba Isaac Zida. Une nouvelle tentative de prise de pouvoir commence.

Mais cette fois encore, la population réagit.

Des milliers de personnes descendent dans les rues.

Les forces armées régulières s'opposent au RSP.

La pression internationale augmente.

Après quelques jours, la tentative échoue.

Le gouvernement de transition reprend ses fonctions et le processus électoral continue.

Quelques mois plus tard, en novembre 2015, les Burkinabè se rendent aux urnes.

Après près de trois décennies de pouvoir Compaoré, une nouvelle génération politique arrive au sommet de l'État.

Roch Marc Christian Kaboré remporte l'élection présidentielle.

Le 29 décembre 2015, il devient officiellement président du Faso.

Le Burkina Faso entre alors dans une nouvelle époque.

Mais le nouveau président hérite d'un pays profondément transformé et confronté à de nombreux défis.

L'économie reste fragile.

Le chômage et la pauvreté restent importants.

Les attentes de la population sont élevées.

Les institutions doivent retrouver la confiance des citoyens.

Et surtout, une nouvelle menace commence à se développer rapidement : l'insécurité liée aux groupes armés.

À partir de 2015, des attaques se multiplient dans plusieurs régions du Burkina Faso. Des militaires et des civils sont tués. Des villages sont attaqués. Les populations commencent à quitter certaines zones devenues dangereuses.

Le problème sécuritaire prend progressivement une dimension nationale.

L'État doit mobiliser son armée.

Les forces de sécurité sont renforcées.

Des opérations militaires sont lancées.

Mais les attaques continuent.

Certaines régions deviennent particulièrement difficiles à contrôler.

Des écoles ferment.

Des familles quittent leurs villages.

Des personnes se déplacent vers les grandes villes à la recherche de sécurité.

Le Burkina Faso, qui avait connu les grandes transformations politiques de la période Sankara et les 27 années de pouvoir de Compaoré, entre maintenant dans une nouvelle phase de son histoire.

Une phase où la question centrale n'est plus seulement celle du pouvoir politique, mais aussi celle de la capacité de l'État à protéger sa population et à maintenir son contrôle sur l'ensemble du territoire.

Et cette crise sécuritaire va progressivement bouleverser le mandat de Roch Marc Christian Kaboré.

Au fil des années, les attaques augmentent.

La colère monte dans une partie de la population.

Des manifestations dénoncent l'insécurité et réclament davantage d'efficacité de la part des autorités.

L'armée elle-même est confrontée à de lourdes pertes.

Le mécontentement grandit.

Puis, en 2022, le Burkina Faso connaît encore une nouvelle rupture politique.

Le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré est renversé par un coup d'État.

Mais cette fois, les militaires qui prennent le pouvoir ne sont pas simplement les héritiers de la période Compaoré.

Une nouvelle génération d'officiers arrive sur le devant de la scène.

Et parmi eux se trouve un jeune capitaine qui va rapidement devenir l'une des figures les plus connues du Burkina Faso :

Ibrahim Traoré.

Son arrivée va ouvrir une nouvelle page de l'histoire du pays.

Une page marquée par la lutte contre les groupes armés, la réorganisation de l'État, les nouvelles alliances internationales, le discours sur la souveraineté et une nouvelle génération politique et militaire.

Mais avant d'en arriver là, il faut comprendre comment l'insécurité s'est installée au Burkina Faso et pourquoi elle a profondément fragilisé le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré.

C'est cette histoire que nous découvrirons dans le prochain épisode.

 FIN DE L'ÉPISODE 17

ÉPISODE 18 — ROCH KABORÉ, LA MONTÉE DU TERRORISME ET LA CRISE QUI VA ÉBRANLER LE BURKINA FASO

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