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PARTIE 13 — LE COUP D'ÉTAT DE 1968, LE RÉGIME DE MOUSSA TRAORÉ ET LA LONGUE MARCHE VERS LA DÉMOCRATIE (1968-1991)L'indépendance du Mali en 1960 avait suscité un immense espoir. Sous la direction de

PARTIE 13 — LE COUP D'ÉTAT DE 1968, LE RÉGIME DE MOUSSA TRAORÉ ET LA LONGUE MARCHE VERS LA DÉMOCRATIE (1968-1991)

L'indépendance du Mali en 1960 avait suscité un immense espoir. Sous la direction de Modibo Keïta, le pays s'était engagé dans une politique de développement fondée sur le socialisme africain, la souveraineté nationale et le panafricanisme. L'État investissait dans l'agriculture, les entreprises publiques, l'éducation et les infrastructures, tout en cherchant à réduire la dépendance économique héritée de la colonisation.

Cependant, les premières années d'indépendance furent également marquées par de nombreuses difficultés. L'économie restait fragile, les recettes de l'État étaient limitées, les sécheresses affectaient les récoltes et certaines réformes économiques suscitaient des critiques. Le parti unique, l'Union Soudanaise-RDA, concentrait le pouvoir, tandis que les libertés politiques demeuraient restreintes.

Dans ce contexte de tensions économiques et politiques, une partie de l'armée estima que le gouvernement n'était plus en mesure de répondre aux besoins du pays. Cette situation déboucha sur un événement qui allait profondément transformer l'histoire du Mali : le coup d'État militaire du 19 novembre 1968.

LE COUP D'ÉTAT DU 19 NOVEMBRE 1968

Dans la nuit du 19 novembre 1968, un groupe de jeunes officiers dirigé par le lieutenant Moussa Traoré renversa le président Modibo Keïta sans affrontement militaire majeur.

Les militaires annoncèrent qu'ils avaient pris le pouvoir afin de sauver le pays d'une crise économique et politique qu'ils jugeaient préoccupante. Ils reprochaient au gouvernement la faiblesse de l'économie, les difficultés d'approvisionnement, la centralisation du pouvoir et certaines orientations économiques.

Après le coup d'État, Modibo Keïta fut arrêté et placé en détention. Son gouvernement fut dissous, la Constitution suspendue et les principales institutions politiques furent remplacées par un organe militaire.

Ainsi prit fin le premier régime de l'histoire indépendante du Mali, seulement huit ans après l'indépendance.

LA CRÉATION DU COMITÉ MILITAIRE DE LIBÉRATION NATIONALE

À la suite du coup d'État, les nouveaux dirigeants créèrent le Comité Militaire de Libération Nationale (CMLN).

Cet organisme devint la principale autorité politique du pays.

Moussa Traoré en prit la direction et concentra progressivement l'essentiel du pouvoir exécutif.

Le CMLN annonça plusieurs objectifs :

  • restaurer la stabilité économique ;

  • moderniser l'administration ;

  • lutter contre la corruption ;

  • améliorer les finances publiques ;

  • rétablir la confiance des partenaires étrangers.

Les autorités engagèrent également une réorientation économique en s'éloignant progressivement du modèle socialiste adopté sous Modibo Keïta.

LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÉGIME DE MOUSSA TRAORÉ

Durant les premières années, le nouveau pouvoir bénéficia d'un certain soutien, notamment de personnes qui espéraient une amélioration de la situation économique.

Le gouvernement entreprit de réorganiser l'administration et chercha à renforcer les relations avec plusieurs partenaires internationaux.

Cependant, les difficultés structurelles demeuraient nombreuses.

Le Mali restait un vaste pays sahélien confronté à :

  • une faible industrialisation ;

  • une agriculture dépendante des conditions climatiques ;

  • des infrastructures insuffisantes ;

  • une croissance démographique rapide.

Ces défis limitaient les effets des réformes entreprises.

LES GRANDES SÉCHERESSES DES ANNÉES 1970

Au début des années 1970, le Sahel fut frappé par l'une des plus graves sécheresses de son histoire.

Les pluies diminuèrent fortement pendant plusieurs années.

Les récoltes furent mauvaises.

Le bétail mourut en grand nombre.

Des milliers de familles durent quitter leurs villages à la recherche de nourriture et d'eau.

Le Mali, comme plusieurs pays voisins, reçut une importante aide internationale afin de faire face à cette catastrophe humanitaire.

Cette crise rappela combien l'économie malienne dépendait encore largement de l'agriculture et des conditions climatiques.

LA CONSOLIDATION DU POUVOIR

Au fil des années, Moussa Traoré renforça progressivement son autorité.

En 1974, une nouvelle Constitution fut adoptée par référendum.

Quelques années plus tard, un nouveau parti politique fut créé : l'Union Démocratique du Peuple Malien (UDPM).

Dans les faits, ce parti devint le seul parti autorisé à exercer le pouvoir.

Le Mali retrouva ainsi un système de parti unique, même si son organisation différait de celle mise en place sous Modibo Keïta.

Le président détenait désormais une place centrale dans la vie politique nationale.

LES DIFFICULTÉS ÉCONOMIQUES DES ANNÉES 1980

Malgré plusieurs réformes, l'économie continua de rencontrer de nombreux obstacles.

Le pays devait faire face :

  • à une dette extérieure importante ;

  • à une faible production industrielle ;

  • aux fluctuations des prix des matières premières ;

  • aux effets persistants des sécheresses.

Afin d'obtenir le soutien des institutions financières internationales, le gouvernement engagea plusieurs programmes d'ajustement économique.

Ces mesures visaient notamment à réduire les dépenses publiques, réorganiser certaines entreprises d'État et encourager davantage l'économie de marché.

Si ces réformes contribuèrent à rééquilibrer certains indicateurs économiques, elles eurent également des conséquences sociales importantes pour une partie de la population.

LES REVENDICATIONS POUR PLUS DE LIBERTÉS

À partir de la fin des années 1980, les demandes de réformes politiques se multiplièrent.

Des étudiants, des enseignants, des syndicats, des intellectuels et plusieurs organisations de la société civile réclamaient davantage de libertés publiques.

Ils demandaient :

  • la liberté de la presse ;

  • le multipartisme ;

  • des élections libres ;

  • une meilleure gouvernance ;

  • davantage de transparence dans la gestion de l'État.

Ce mouvement s'inscrivait dans un contexte plus large, marqué par des évolutions politiques dans plusieurs pays africains.

LES MANIFESTATIONS DE 1991

En 1991, les tensions atteignirent leur point culminant.

De nombreuses manifestations eurent lieu à Bamako et dans d'autres villes.

Les protestataires réclamaient des réformes démocratiques profondes.

Les forces de sécurité intervinrent pour disperser les rassemblements.

Ces événements firent de nombreuses victimes et marquèrent durablement la mémoire nationale.

Face à l'ampleur de la crise, une partie de l'armée décida d'intervenir.

LE RENVERSEMENT DE MOUSSA TRAORÉ

Le 26 mars 1991, un groupe d'officiers dirigé par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré (ATT) renversa Moussa Traoré.

Contrairement au coup d'État de 1968, cette intervention militaire avait pour objectif annoncé de permettre une transition vers un régime démocratique.

Moussa Traoré fut arrêté.

Le Comité de Transition pour le Salut du Peuple (CTSP) fut créé afin d'organiser le retour à un pouvoir civil.

Une Conférence nationale réunit ensuite les représentants de nombreuses composantes de la société malienne.

LA NAISSANCE DE LA IIIᵉ RÉPUBLIQUE

La transition permit l'adoption d'une nouvelle Constitution en 1992.

Cette Constitution établit :

  • le multipartisme ;

  • la séparation des pouvoirs ;

  • la liberté d'expression ;

  • des élections démocratiques ;

  • un État fondé sur le respect des droits fondamentaux.

Des élections présidentielles furent organisées la même année.

Alpha Oumar Konaré fut élu président de la République.

Le Mali entra ainsi dans une nouvelle période de son histoire politique : la IIIᵉ République.

LE BILAN DU RÉGIME DE MOUSSA TRAORÉ

Le régime de Moussa Traoré, qui dura près de vingt-trois ans, demeure une période complexe de l'histoire du Mali.

Il fut marqué par :

  • une stabilité institutionnelle relative pendant plusieurs années ;

  • des réformes économiques importantes ;

  • de graves sécheresses ;

  • des difficultés sociales persistantes ;

  • une concentration du pouvoir politique ;

  • des revendications démocratiques croissantes.

Les historiens soulignent que cette période doit être analysée en tenant compte à la fois des contraintes économiques, du contexte sahélien et des choix politiques effectués par les dirigeants.

CONCLUSION DE LA PARTIE 13

Entre 1968 et 1991, le Mali connut une profonde transformation politique. Le coup d'État de Moussa Traoré mit fin au premier régime issu de l'indépendance et ouvrit une longue période de gouvernement militaire, marquée par des défis économiques, des sécheresses, des réformes et des tensions politiques.

Au début des années 1990, les aspirations démocratiques d'une grande partie de la population conduisirent à une transition historique. Avec l'adoption de la Constitution de 1992 et l'organisation d'élections pluralistes, le Mali entra dans une nouvelle ère politique fondée sur le multipartisme et les institutions démocratiques.

Cette période constitue un tournant majeur qui continue d'influencer la vie politique malienne jusqu'à aujourd'hui.


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