DIBAWORLD – LES CHRONIQUES D’AFRIQUEÉpisode 6 — Le commerce, les richesses et la vie des sociétés avant la colonisation
Épisode 6 — Le commerce, les richesses et la vie des sociétés avant la colonisation
Lorsque nous imaginons aujourd’hui le territoire du Burkina Faso avant l’arrivée des Européens, nous devons abandonner l’image d’un espace isolé, pauvre et coupé du reste du monde. Cette représentation serait profondément trompeuse. Bien avant que les cartes européennes ne donnent des noms et des frontières à cette région, les populations qui y vivaient avaient développé des économies, des réseaux d’échange, des techniques agricoles, des activités artisanales et des systèmes politiques adaptés à leur environnement. Le territoire était traversé par des hommes, des animaux, des marchandises, des informations et des traditions. Il existait des marchés où se rencontraient des populations différentes, des routes empruntées par des commerçants, des pistes utilisées par les éleveurs et des axes reliant les régions productrices aux grands centres commerciaux de l’Afrique de l’Ouest. Les habitants produisaient ce dont ils avaient besoin pour vivre, mais ils produisaient également pour échanger. Certains territoires étaient particulièrement favorables à l’agriculture, d’autres à l’élevage, d’autres encore à l’artisanat ou à l’exploitation de certaines ressources naturelles. Et c’est justement cette complémentarité qui créait les échanges. Une communauté pouvait posséder des céréales mais manquer de sel. Une autre pouvait disposer de bétail mais avoir besoin d’outils métalliques. Une troisième pouvait produire du tissu ou de la poterie. Une autre encore pouvait être située à proximité d’une zone aurifère. Le commerce devenait alors un moyen de relier des économies différentes. Ainsi, lorsque nous parlons des sociétés anciennes du futur Burkina Faso, nous ne parlons pas seulement de villages vivant chacun de manière indépendante. Nous parlons d’un espace où les communautés étaient insérées dans des réseaux beaucoup plus vastes, qui dépassaient largement les frontières du pays actuel.
Au cœur de cette économie se trouvait la terre. Pour la majorité des populations, l’agriculture constituait la base de la survie. Dans les régions de savane, les cultivateurs avaient appris à travailler avec les saisons, à observer les pluies, à sélectionner les semences et à adapter leurs cultures aux conditions locales. Le mil et le sorgho occupaient une place essentielle dans de nombreuses communautés, auxquels pouvaient s’ajouter le maïs, le fonio, le niébé, les arachides, le sésame et d’autres cultures selon les régions et les périodes. La réussite d’une année agricole pouvait déterminer la survie d’une famille entière. Une bonne saison des pluies signifiait des récoltes suffisantes, des réserves pour la saison sèche et parfois un surplus pouvant être échangé contre d’autres produits. Une mauvaise saison pouvait au contraire provoquer des difficultés considérables. Il fallait donc connaître le rythme des pluies, comprendre les sols et organiser le travail collectif. Les agriculteurs ne travaillaient pas seuls. Les familles, les lignages et parfois des groupes plus larges pouvaient se réunir pour effectuer certaines tâches agricoles. Le travail de la terre était donc aussi un phénomène social. Les champs produisaient de la nourriture, mais ils produisaient également des relations de solidarité. Celui qui aidait son voisin pouvait être aidé à son tour. Les périodes de semis et de récolte rythmaient la vie des villages. Après les récoltes venait souvent une période où l’on pouvait réparer les habitations, fabriquer des outils, participer aux cérémonies, organiser des mariages ou se rendre aux marchés. La terre était donc au centre du calendrier de la communauté. Et contrairement à l’agriculture moderne fortement mécanisée, le travail dépendait principalement de la force humaine et animale, des outils disponibles et de la connaissance approfondie de l’environnement.
L’élevage occupait lui aussi une place considérable. Les bovins, les chèvres, les moutons, les ânes et d’autres animaux représentaient des ressources essentielles. Le bétail fournissait de la viande, du lait, des peaux et pouvait également constituer une forme de richesse et de prestige. Chez certaines populations, posséder des animaux signifiait disposer d’un patrimoine transmissible aux générations suivantes. Mais l’élevage exigeait également de se déplacer ou de disposer de pâturages suffisants. C’est pourquoi les relations entre agriculteurs et éleveurs étaient importantes. Dans certaines régions, les populations sédentaires et les pasteurs pouvaient établir des relations de complémentarité : les agriculteurs fournissaient des céréales, les éleveurs des produits animaux, et chacun avait besoin des ressources de l’autre. Mais lorsque les terres devenaient rares ou que les troupeaux traversaient des champs cultivés, des conflits pouvaient apparaître. La gestion de l’eau était particulièrement importante. Dans un environnement où les saisons sèches pouvaient être longues, un point d’eau pouvait représenter une véritable richesse. Les puits, les mares, les rivières et les zones humides constituaient des espaces stratégiques. Celui qui connaissait les points d’eau connaissait une partie essentielle du territoire. Les itinéraires des hommes et des animaux dépendaient donc largement de la géographie. Cette réalité explique également pourquoi les populations anciennes connaissaient extrêmement bien leur environnement. Elles devaient savoir où trouver de l’eau, quelles plantes pouvaient être consommées, où les animaux pouvaient être conduits, quelles terres étaient les plus fertiles et quelles zones devaient être évitées pendant certaines périodes.
Mais l’agriculture et l’élevage ne suffisaient pas à expliquer la richesse des sociétés. L’artisanat occupait une place fondamentale. Parmi les artisans les plus importants figuraient les forgerons. Le travail du fer représentait une technologie essentielle dans une société agricole et guerrière. Une houe, une lance, une machette, un couteau ou un autre outil métallique pouvait transformer profondément la capacité d’une famille à cultiver ou à se défendre. Mais fabriquer du fer exigeait des connaissances spécialisées. Il fallait connaître les minerais, maîtriser les températures, construire les fours adaptés et savoir transformer le métal. Ces connaissances étaient généralement transmises de génération en génération. Le forgeron n’était donc pas simplement quelqu’un qui fabriquait des objets. Dans plusieurs sociétés africaines, les artisans du métal pouvaient avoir une place particulière dans l’organisation sociale et religieuse. Leur travail était associé à une matière qui semblait presque magique : une pierre extraite de la terre pouvait être transformée en métal par le feu. Cette transformation nécessitait une connaissance technique considérable. D’autres artisans jouaient également des rôles essentiels : les potiers fabriquaient les récipients indispensables à la conservation et à la préparation des aliments ; les tisserands produisaient des vêtements et des tissus ; les travailleurs du cuir fabriquaient des objets utiles à la vie quotidienne ; les sculpteurs réalisaient des objets cérémoniels ; les artisans du bois fabriquaient des outils, des meubles et des objets symboliques. Dans une économie où l’industrie moderne n’existait pas, ces métiers étaient indispensables. Chaque artisan possédait un savoir qui pouvait être aussi précieux que celui d’un agriculteur ou d’un chef.
Et parmi les ressources les plus fascinantes de l’Afrique de l’Ouest ancienne se trouvait l’or. Les régions correspondant aujourd’hui au Burkina Faso et aux pays voisins appartiennent à une zone riche en ressources aurifères. L’or était extrait dans différentes régions et circulait à travers les réseaux commerciaux. Mais il faut comprendre une chose importante : l’or n’était pas nécessairement utilisé par les populations locales comme monnaie quotidienne. Sa valeur était liée à son utilisation dans le commerce à longue distance, à la fabrication d’objets précieux et à son rôle dans les échanges entre pouvoirs politiques et marchands. À travers les réseaux ouest-africains, l’or pouvait être échangé contre du sel, des tissus, des chevaux, des objets métalliques et d’autres marchandises. Cette circulation contribuait à connecter les sociétés de la savane aux grands réseaux commerciaux du Sahara et du Sahel. Les régions aurifères étaient donc intégrées à un système économique qui dépassait largement leur environnement immédiat. Un produit extrait par un travailleur dans une région pouvait, après plusieurs échanges, parvenir à un commerçant situé à des centaines ou des milliers de kilomètres. C’est ainsi que l’Afrique de l’Ouest ancienne participait à des réseaux commerciaux internationaux avant même que les Européens ne prennent le contrôle de la région.
Le sel représentait une autre richesse majeure. Dans les régions tropicales et sahéliennes, le sel était indispensable à la conservation et à l’alimentation, mais il était également une marchandise de grande valeur dans les réseaux commerciaux. Les grandes zones de production de sel se trouvaient notamment plus au nord, dans les régions sahariennes et sahéliennes. Le sel devait donc être transporté vers les régions où il était moins disponible. Ce commerce créait des itinéraires reliant le désert, le Sahel et les régions plus méridionales. Les caravanes pouvaient transporter des marchandises sur de longues distances, avec des animaux adaptés aux conditions difficiles, notamment les dromadaires dans les espaces sahariens. Les marchandises changeaient ensuite de mains au fur et à mesure de leur progression vers le sud. Le commerce ne consistait donc pas toujours à effectuer directement un voyage gigantesque entre deux points. Il pouvait fonctionner par étapes, avec plusieurs intermédiaires. C’est ainsi que les réseaux commerciaux pouvaient traverser des territoires immenses. Et avec les marchandises circulaient également les informations. Un commerçant qui arrivait dans un village pouvait apporter des nouvelles d’une autre région. Il pouvait raconter qu’un royaume avait changé de dirigeant, qu’un marché était devenu plus prospère, qu’une guerre avait éclaté ou qu’une nouvelle route commerciale était devenue dangereuse. Dans un monde sans téléphone, sans radio et sans Internet, les commerçants étaient aussi des transporteurs d’informations.
Les marchés constituaient alors de véritables centres de vie. Imaginez une place où arrivent progressivement des cultivateurs, des éleveurs, des artisans, des commerçants et des voyageurs. Certains viennent vendre quelques produits de leur famille. D’autres viennent acheter ce qu’ils ne peuvent pas produire eux-mêmes. On y trouve des céréales, du bétail, des produits agricoles, des outils, des vêtements, du cuir, des poteries, du sel, parfois de l’or ou des marchandises venues de régions éloignées. Mais autour de ces marchandises se construit toute une vie sociale. Les gens se rencontrent, discutent, négocient, recherchent des informations, établissent des relations et parfois organisent des alliances. Les marchés pouvaient également être des lieux où se rencontraient différentes langues et différentes cultures. Un commerçant pouvait apprendre quelques mots d’une autre langue pour faciliter ses affaires. Un voyageur pouvait découvrir des coutumes différentes. Des produits inconnus dans une région pouvaient devenir populaires après avoir été introduits par des commerçants. Ainsi, les marchés contribuaient à créer une culture de l’échange. Ils étaient des lieux économiques, mais aussi des lieux sociaux et culturels. Leur importance explique pourquoi certaines localités ont progressivement acquis une influence supérieure à celle d’autres villages. Contrôler ou protéger un marché pouvait signifier contrôler une partie des échanges d’une région.
Les chevaux constituaient eux aussi une ressource stratégique particulièrement importante, notamment pour les royaumes mossi et d’autres pouvoirs politiques de la région. L’importance du cheval ne doit pas être comprise uniquement comme un symbole culturel. Dans les sociétés où la guerre se faisait principalement à pied, disposer d’une cavalerie pouvait offrir un avantage militaire considérable. Les cavaliers pouvaient se déplacer rapidement, surveiller de vastes territoires, lancer des attaques et se retirer plus rapidement. Cela explique en partie pourquoi le cheval est devenu profondément associé aux traditions politiques mossi. L’héritage de Yennenga et d’Ouédraogo renforçait également cette symbolique. Mais les chevaux eux-mêmes devaient être obtenus, entretenus et protégés. Ils nécessitaient de la nourriture, des soins et des personnes capables de les monter et de les entraîner. Les échanges commerciaux permettaient donc de faire circuler ces animaux et les équipements nécessaires à leur utilisation. Les armes, elles aussi, étaient essentielles. Lances, arcs, flèches et armes métalliques étaient produits par des artisans spécialisés. Une société capable de produire ses propres outils et ses propres armes disposait d’une certaine autonomie. La maîtrise du métal devenait donc un facteur économique et militaire.
Cette capacité militaire était liée à l’organisation politique. Les différents peuples du territoire ne possédaient pas tous les mêmes systèmes de pouvoir. Certains étaient organisés autour de royaumes centralisés, comme plusieurs royaumes mossi. D’autres étaient structurés autour de chefferies, de villages, de lignages ou d’autorités religieuses. Dans un royaume centralisé, le souverain pouvait être au sommet d’une hiérarchie politique qui reliait différents territoires. Dans une société plus décentralisée, le pouvoir pouvait être distribué entre plusieurs familles et autorités locales. Il serait donc incorrect de considérer qu’une organisation politique moins centralisée était une absence d’organisation. Il s’agissait simplement d’un modèle différent. Une communauté pouvait fonctionner grâce à des règles coutumières, des conseils d’anciens, des chefs de lignage et des mécanismes de résolution des conflits. La parole avait une valeur considérable. Les décisions pouvaient être discutées longuement. L’autorité d’un ancien pouvait reposer sur son expérience et sa connaissance de la tradition. Dans certaines sociétés, le chef était responsable de maintenir la paix et de protéger les relations avec les ancêtres et la terre. Dans d’autres, le pouvoir politique était davantage concentré entre les mains d’un souverain. Cette diversité politique est essentielle pour comprendre le Burkina Faso ancien.
La famille et le lignage formaient également la base de nombreuses communautés. Une personne n’était pas simplement définie par son existence individuelle. Elle appartenait à une famille, à un lignage et à une communauté. Elle héritait d’un patrimoine matériel, mais aussi d’une mémoire. Les anciens transmettaient les récits sur les origines de la famille, les migrations, les ancêtres et les événements importants. Cette transmission était généralement orale. Dans une société où l’écriture n’était pas le principal moyen de conserver l’histoire, la parole devenait une véritable archive vivante. Les généalogies pouvaient être mémorisées sur plusieurs générations. Les griots et autres spécialistes de la parole jouaient, selon les sociétés, un rôle important dans la conservation et la transmission des récits historiques. Mais l’oralité ne signifiait pas nécessairement absence de rigueur. Les récits étaient transmis selon des règles et pouvaient être répétés de génération en génération. Il faut toutefois les étudier avec méthode : une tradition orale peut conserver une mémoire historique importante, mais elle peut également évoluer, se transformer ou intégrer des éléments symboliques. C’est pourquoi l’historien confronte les traditions orales aux données archéologiques, linguistiques et aux autres sources disponibles.
La vie quotidienne était elle aussi organisée autour de la communauté. Les enfants apprenaient très tôt à participer aux activités de la famille. Ils observaient les adultes travailler dans les champs, s'occuper des animaux, fabriquer des objets, préparer les repas ou participer aux cérémonies. Les jeunes garçons et les jeunes filles pouvaient recevoir des apprentissages différents selon les sociétés et les traditions locales. Le mariage représentait généralement bien plus qu’une relation entre deux individus. Il pouvait unir deux familles, créer des alliances et renforcer les liens entre communautés. Les cérémonies étaient des moments importants de la vie sociale. Les naissances, les mariages, les initiations, les funérailles et les récoltes pouvaient être accompagnés de chants, de danses, de sacrifices, de prières ou de rassemblements communautaires selon les traditions. La musique occupait une place fondamentale. Les tambours, les instruments à cordes, les flûtes et les chants pouvaient transmettre des histoires, accompagner les cérémonies ou annoncer des événements. Dans certaines sociétés, la musique était également liée au pouvoir. Un instrument pouvait annoncer l’arrivée d’un chef ou accompagner une cérémonie royale.
La saison sèche et la saison des pluies rythmaient profondément l’existence. Pendant la saison des pluies, l’agriculture mobilisait une grande partie de la population. Les familles travaillaient les champs, surveillaient les cultures et espéraient que les précipitations seraient suffisantes. Pendant la saison sèche, certaines activités agricoles ralentissaient, permettant davantage de temps pour l’artisanat, les échanges, les déplacements et les cérémonies. Les hommes pouvaient partir sur les routes commerciales. Les éleveurs pouvaient déplacer leurs troupeaux. Les artisans pouvaient augmenter leur production. Les marchés devenaient encore plus importants. Ainsi, le calendrier économique était directement lié au climat. Aujourd’hui, nous parlons de production annuelle, de commerce et de marchés avec des statistiques. Mais pour les populations anciennes, ces phénomènes étaient vécus directement. Une pluie qui arrivait trop tard pouvait signifier une mauvaise récolte. Une sécheresse pouvait entraîner des déplacements. Une récolte exceptionnelle pouvait permettre à une famille d’échanger davantage et d’améliorer sa situation. Le climat faisait donc partie de l’histoire politique et sociale.
Dans ce monde, les routes commerciales ne ressemblaient pas aux autoroutes modernes. Il s’agissait de pistes traversant les savanes, les forêts et les zones désertiques. Voyager demandait du temps et comportait des risques. Il fallait connaître les points d’eau, les lieux où trouver de la nourriture et les territoires contrôlés par différentes autorités. Les commerçants pouvaient voyager en groupe pour se protéger. Certains itinéraires étaient privilégiés parce qu’ils permettaient de trouver plus facilement de l’eau ou parce qu’ils étaient considérés comme plus sûrs. Les animaux de transport jouaient un rôle essentiel. Les ânes pouvaient transporter des marchandises sur des distances importantes. Les bovins étaient également utilisés dans certains contextes. Plus au nord, les caravanes de dromadaires permettaient de traverser le Sahara. Ces réseaux formaient un système économique complexe reliant l’Afrique du Nord, le Sahara, le Sahel et les régions forestières plus au sud. Le futur Burkina Faso se trouvait au milieu de plusieurs de ces espaces. Il n’était donc pas situé en marge du commerce régional.
Ces échanges avaient également des conséquences politiques. Lorsqu’un territoire devenait important commercialement, son dirigeant pouvait chercher à contrôler les routes, protéger les marchands et prélever des taxes ou des droits de passage selon les structures politiques en place. Les royaumes puissants pouvaient tirer une partie de leur influence de leur capacité à contrôler des ressources ou des itinéraires. Mais cela pouvait aussi provoquer des rivalités. Un royaume qui voulait agrandir son territoire pouvait chercher à contrôler un marché stratégique. Une communauté pouvait refuser de se soumettre à une autorité extérieure parce qu’elle souhaitait conserver son autonomie. Les guerres n’étaient donc pas uniquement motivées par la conquête de terres. Elles pouvaient aussi être liées aux ressources, aux routes, au bétail, au prestige, aux successions et aux rapports de pouvoir.
Et derrière toute cette activité se trouvait une réalité fondamentale : la capacité des peuples à s’adapter. Ils vivaient dans un environnement parfois difficile, marqué par des périodes de sécheresse, des maladies, des conflits et des variations climatiques. Pourtant, ils avaient développé des connaissances adaptées à leur monde. Ils savaient quelles terres cultiver, quelles plantes utiliser, où trouver de l’eau, comment conserver les récoltes, comment construire des habitations adaptées à la chaleur et comment organiser les déplacements du bétail. Ils avaient développé des systèmes sociaux capables de maintenir la communauté malgré les difficultés. Ils avaient créé des réseaux commerciaux qui reliaient des régions très éloignées. Ils avaient développé des techniques métallurgiques, textiles, agricoles et architecturales. Et ils avaient créé des cultures d’une grande richesse, transmises principalement par la parole, la pratique et la mémoire.
Mais pendant que ces sociétés poursuivaient leur propre histoire, un changement majeur se préparait progressivement en Afrique de l’Ouest. Les grands réseaux commerciaux anciens allaient être confrontés à de nouvelles puissances économiques et militaires venues d’Europe. Les Européens connaissaient déjà certaines richesses de l’Afrique de l’Ouest grâce aux réseaux commerciaux, mais leur présence allait progressivement changer de nature. Au départ, il y avait les explorateurs, les commerçants et les missionnaires. Puis viendraient les militaires, les administrateurs et les représentants des puissances coloniales. Les royaumes et les communautés qui avaient développé leurs propres systèmes politiques allaient se retrouver confrontés à des armées équipées d’armes modernes et à une nouvelle conception du territoire. Les Européens allaient vouloir tracer des frontières, contrôler les routes, exploiter les ressources et imposer leur autorité. Les peuples du futur Burkina Faso allaient devoir décider comment réagir face à cette nouvelle menace. Certains négocieraient. Certains chercheraient à gagner du temps. Certains accepteraient temporairement des accords. D’autres prendraient les armes.
Ainsi s’achève notre plongée dans le monde économique et social qui existait avant la colonisation. Nous avons découvert un territoire où la richesse ne se résumait pas à l’or, où la puissance ne se résumait pas aux armes et où l’histoire ne se résumait pas aux rois. La véritable richesse de cette terre se trouvait dans ses populations : leurs connaissances agricoles, leurs techniques artisanales, leurs réseaux commerciaux, leurs langues, leurs croyances, leurs systèmes politiques et leur capacité à transmettre leur mémoire. Lorsque les colonisateurs arriveront, ils ne découvriront donc pas une terre vide attendant d’être organisée. Ils rencontreront des sociétés déjà organisées, chacune selon ses propres règles.
Et désormais, notre histoire entre dans une nouvelle période.
Dans l’épisode 7, nous allons franchir une étape décisive : les premiers contacts avec les Européens. Qui étaient-ils ? Pourquoi sont-ils venus ? Que cherchaient-ils en Afrique de l’Ouest ? Comment les populations locales ont-elles perçu leur arrivée ? Et comment ces premiers contacts allaient-ils progressivement ouvrir la porte à une transformation politique qui allait bouleverser tout le territoire ?
La rencontre entre deux mondes commence.


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