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PARTIE 13 — LE CAMEROUN CONTEMPORAIN : ENTRE HÉRITAGE POLITIQUE, TRANSFORMATIONS SOCIALES, CRISES ET ESPOIR D’UNE NOUVELLE ÈRE

PARTIE 13 — LE CAMEROUN CONTEMPORAIN : ENTRE HÉRITAGE POLITIQUE, TRANSFORMATIONS SOCIALES, CRISES ET ESPOIR D’UNE NOUVELLE ÈRE

Après avoir traversé les grandes étapes de son histoire — les sociétés précoloniales, les royaumes et chefferies, la domination allemande, les administrations française et britannique, les luttes nationalistes, l'indépendance, la réunification et plusieurs décennies de construction de l'État — le Cameroun entre dans une période nouvelle de son existence. Le pays ne se trouve plus devant la question fondamentale de savoir comment obtenir son indépendance, puisqu'il est devenu souverain depuis plusieurs décennies. Il ne s'agit plus non plus simplement de construire les premières institutions nationales. Le véritable défi est désormais beaucoup plus profond : transformer un État indépendant en une société capable de garantir durablement la prospérité, la stabilité et les possibilités d'avenir de sa population.

Cette transformation est d'autant plus complexe que le Cameroun possède une histoire particulière. Le pays rassemble une multitude de peuples, de langues, de cultures et de traditions. Son territoire s'étend des régions forestières du Sud jusqu'aux savanes et aux zones sahéliennes du Nord, en passant par les hauts plateaux de l'Ouest et les régions côtières. Cette diversité constitue une immense richesse, mais elle représente également un défi permanent pour la construction d'un sentiment national partagé. Depuis l'indépendance, le Cameroun cherche donc constamment à maintenir un équilibre entre l'unité nationale et la reconnaissance de ses différences internes. Cette question, qui pouvait sembler secondaire dans certaines périodes de l'histoire, devient particulièrement importante à mesure que la société se modernise et que les citoyens expriment davantage leurs attentes.

Au début du XXIᵉ siècle, le Cameroun change profondément. La population augmente rapidement et les villes connaissent une croissance spectaculaire. Douala devient toujours davantage le principal moteur économique du pays, grâce à son activité commerciale, industrielle et portuaire. Yaoundé conserve son rôle de capitale politique et administrative. Mais autour de ces deux grandes métropoles, d'autres centres urbains se développent également. Bafoussam devient un important centre économique de l'Ouest. Buea et Limbe prennent une importance particulière dans le Sud-Ouest. Garoua et Maroua jouent un rôle majeur dans le Nord. Ngaoundéré devient un point stratégique pour les échanges entre le Nord et le Sud. Kribi, quant à elle, prend progressivement une nouvelle dimension avec le développement de ses infrastructures portuaires. Cette croissance urbaine montre que le Cameroun n'est plus uniquement une société rurale. Il devient progressivement un pays où les villes concentrent une part croissante de la population, des activités économiques, des établissements scolaires et des opportunités professionnelles.

Mais l'urbanisation ne signifie pas automatiquement prospérité. Lorsqu'une ville grandit plus vite que ses infrastructures, les difficultés apparaissent. Les routes deviennent insuffisantes, les transports sont saturés, les logements manquent, les quartiers périphériques se développent rapidement et les systèmes d'assainissement peinent à suivre. Dans certaines zones, les inondations peuvent perturber la vie quotidienne. Les habitants doivent parcourir de longues distances pour aller travailler ou étudier. Le développement urbain devient alors une véritable question politique. Une ville moderne ne se résume pas à ses immeubles ou à ses grands axes routiers. Elle doit également offrir des transports efficaces, des logements accessibles, des services publics fonctionnels, des espaces verts, des systèmes d'assainissement et une organisation capable d'accompagner la croissance démographique.

Cette croissance démographique entraîne une autre réalité fondamentale : le Cameroun est un pays extrêmement jeune. Cette jeunesse constitue probablement l'un des plus grands atouts du pays pour les prochaines décennies. Une population jeune signifie qu'il existe une importante force de travail potentielle, une capacité d'innovation et une grande possibilité de renouvellement social. Mais cette jeunesse représente aussi une obligation immense pour l'État et pour l'économie. Un jeune qui termine ses études ne demande pas seulement un diplôme ; il cherche une place dans la société. Il veut travailler, devenir indépendant, construire sa famille, se loger, créer une activité et participer à la vie de son pays. Si la société ne parvient pas à lui offrir ces possibilités, la frustration peut progressivement remplacer l'espoir.

C'est précisément pour cette raison que la question de l'emploi est devenue l'une des grandes préoccupations du Cameroun contemporain. Chaque année, des milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail. Certains possèdent des diplômes universitaires, d'autres ont reçu une formation technique, tandis que beaucoup ont appris des compétences directement sur le terrain. Pourtant, le nombre d'emplois formels disponibles reste limité par rapport aux besoins. Cette situation crée un décalage entre l'éducation et l'économie. Les familles peuvent consacrer des années et des ressources importantes à l'éducation de leurs enfants, avec l'espoir que leurs diplômes leur ouvriront les portes du marché du travail. Mais lorsqu'un jeune diplômé découvre qu'il doit parfois attendre longtemps avant de trouver un emploi correspondant à sa formation, il comprend que le diplôme n'est plus une garantie absolue.

Cette réalité ne signifie pas que l'éducation a perdu sa valeur. Au contraire, elle est devenue encore plus importante. Mais le monde économique demande désormais des compétences supplémentaires. Les entreprises recherchent non seulement des personnes capables de mémoriser des connaissances, mais également des personnes capables de résoudre des problèmes, de travailler avec les technologies, de communiquer, de créer et de s'adapter. C'est pourquoi les compétences numériques, la programmation, le design, la communication, le marketing, la gestion de projet et les métiers techniques prennent une importance croissante. Le système éducatif camerounais est ainsi confronté à une question essentielle : comment préparer une jeunesse à des métiers qui n'existaient parfois même pas lorsque les programmes scolaires actuels ont été conçus ?

Face aux difficultés du marché de l'emploi, de nombreux Camerounais se tournent vers le secteur informel. Dans les marchés, les rues, les quartiers et les petits ateliers, des millions de personnes développent des activités qui permettent de faire vivre leurs familles. La vendeuse de nourriture, le mécanicien, le couturier, le coiffeur, le commerçant, le réparateur de téléphones, le transporteur ou encore le petit agriculteur participent tous à l'économie nationale. Cette économie est parfois peu visible dans les grandes statistiques, mais elle représente une réalité fondamentale de la vie quotidienne. Elle démontre surtout une capacité remarquable d'adaptation. Lorsqu'un emploi salarié n'est pas disponible, beaucoup de Camerounais créent eux-mêmes une source de revenus.

Mais cette capacité d'adaptation possède une limite. Une activité informelle peut permettre à une personne de survivre, mais elle ne lui donne pas toujours les moyens de construire une entreprise durable. Le manque de financement, l'absence de protection sociale, l'accès limité aux infrastructures et les difficultés administratives peuvent empêcher une petite activité de grandir. Le défi pour le Cameroun est donc de transformer progressivement cette énergie économique informelle en entreprises structurées capables de créer des emplois et de contribuer davantage au développement national.

C'est ici que l'entrepreneuriat prend une importance particulière. Une nouvelle génération de Camerounais commence à considérer la création d'entreprise comme une véritable carrière. Cette évolution est significative. Pendant longtemps, la réussite professionnelle était souvent associée à l'obtention d'un emploi dans une grande entreprise, une banque ou une administration. Aujourd'hui, certains jeunes veulent créer leur propre entreprise, vendre sur Internet, développer une application, lancer une marque, ouvrir un restaurant, créer une agence ou transformer une activité familiale en entreprise moderne. Cette mentalité entrepreneuriale peut devenir un moteur important de transformation économique.

Mais l'entrepreneuriat ne doit pas être idéalisé. Créer une entreprise signifie prendre des risques. Il faut trouver des clients, gérer les dépenses, payer les employés, comprendre la fiscalité, obtenir des financements, faire face à la concurrence et parfois accepter plusieurs années de difficultés avant d'atteindre la rentabilité. Beaucoup de projets échouent non pas parce que leurs fondateurs manquent d'ambition, mais parce qu'ils manquent de capital, de formation en gestion ou d'accès à des marchés suffisamment importants. Pour que l'entrepreneuriat devienne réellement un moteur national, il faut donc construire tout un environnement favorable aux entrepreneurs.

Le financement constitue l'un des éléments essentiels de cet environnement. Une entreprise peut avoir une excellente idée et un marché potentiel, mais sans capital, son développement reste limité. Un jeune entrepreneur qui souhaite acheter du matériel, louer un local, développer une plateforme numérique ou recruter des employés doit pouvoir accéder à des ressources financières adaptées. Or, les garanties demandées par les institutions financières peuvent parfois exclure les jeunes qui commencent leur parcours professionnel. Cela crée un problème structurel : ceux qui disposent déjà d'un patrimoine peuvent plus facilement obtenir du financement, tandis que ceux qui possèdent principalement une compétence ou une idée ont davantage de difficultés à obtenir les moyens de démarrer.

Cette question du financement est directement liée à celle de la bancarisation et des nouvelles technologies financières. Le développement du Mobile Money a profondément transformé la manière dont les Camerounais utilisent leur argent. Le téléphone portable est devenu un outil économique quotidien. Il permet de transférer de l'argent, de recevoir des paiements et d'effectuer certaines transactions sans nécessairement passer par une agence bancaire traditionnelle. Cette évolution est particulièrement importante parce qu'elle permet à des populations qui étaient auparavant éloignées du système bancaire d'entrer progressivement dans l'économie numérique.

Le développement du Mobile Money prépare également le terrain pour une autre transformation : le commerce électronique. De plus en plus de vendeurs utilisent Internet et les réseaux sociaux pour présenter leurs produits. Une personne peut découvrir un vêtement, un téléphone, un produit alimentaire ou un service sur son téléphone et entrer directement en contact avec le vendeur. Les réseaux sociaux deviennent ainsi des vitrines commerciales. Cette évolution réduit la distance entre le vendeur et le consommateur, mais elle crée également de nouvelles questions. Comment garantir la qualité du produit ? Comment protéger le consommateur ? Comment gérer les retours ? Comment organiser la livraison ? Comment construire la confiance lorsque le vendeur et l'acheteur ne se rencontrent jamais physiquement ?

La logistique devient alors un élément essentiel du développement du commerce en ligne. Une plateforme numérique peut permettre de vendre un produit à quelqu'un situé à plusieurs centaines de kilomètres, mais encore faut-il pouvoir livrer ce produit rapidement et à un coût raisonnable. Cela montre que la transformation numérique ne peut pas fonctionner seule. Elle dépend également des routes, des transports, des systèmes de paiement, des entrepôts et de la fiabilité des services. Le numérique peut accélérer l'économie, mais il doit être soutenu par une infrastructure physique capable de suivre son rythme.

Internet transforme également la politique et la société. Autrefois, l'accès à l'information dépendait principalement de la télévision, de la radio et des journaux. Aujourd'hui, presque toute personne disposant d'un téléphone connecté peut produire et diffuser de l'information. Un citoyen peut filmer un événement, le publier et atteindre en quelques heures une audience considérable. Un artiste peut diffuser sa musique directement. Un entrepreneur peut présenter son entreprise à des clients situés dans plusieurs régions. Un historien ou un passionné d'histoire peut raconter les événements du passé à une nouvelle génération.

Cette démocratisation de la parole constitue une révolution culturelle. Elle signifie que la production de contenu n'est plus réservée aux grandes institutions médiatiques. Mais elle comporte également un danger majeur : la vitesse de diffusion peut dépasser la capacité de vérification. Une fausse information peut devenir virale avant même que quelqu'un ait eu le temps de vérifier sa source. Une ancienne photographie peut être présentée comme une image récente. Une rumeur peut être répétée des milliers de fois jusqu'à donner l'impression d'être vraie. Dans une société marquée par des tensions politiques et sécuritaires, la désinformation peut donc aggraver les divisions.

Cette question devient particulièrement sensible lorsqu'elle concerne la crise anglophone. Pour comprendre cette crise, il faut revenir à l'histoire particulière du Cameroun. Le territoire a été marqué par plusieurs héritages coloniaux. Après la Première Guerre mondiale, l'ancien Cameroun allemand fut partagé entre les administrations française et britannique dans le cadre des mandats internationaux. Cette division a contribué à créer deux traditions administratives, éducatives et juridiques différentes. Lorsque la réunification a été réalisée au début des années 1960, le nouveau pays devait donc construire une unité nationale tout en conservant une diversité héritée de son histoire.

Pendant plusieurs décennies, cette coexistence a fonctionné malgré certaines difficultés. Mais au fil du temps, des frustrations se sont accumulées dans les régions anglophones. Des enseignants, des avocats et d'autres acteurs de la société civile ont exprimé des revendications concernant notamment le fonctionnement des institutions, l'éducation, la justice et la représentation. Ce qui commence comme une contestation professionnelle et politique évolue progressivement vers une crise beaucoup plus profonde.

Avec la radicalisation du conflit, des mouvements séparatistes apparaissent et des groupes armés prennent les armes. La situation devient alors une véritable crise sécuritaire. Derrière les revendications politiques se trouvent des populations civiles qui doivent vivre avec l'insécurité, les déplacements, les interruptions scolaires et les conséquences économiques de la violence. La crise montre une nouvelle fois que les problèmes politiques non résolus peuvent finir par produire des conséquences sociales qui dépassent largement les institutions.

Dans l'Extrême-Nord, une autre menace pèse sur le pays avec les attaques liées à Boko Haram et l'insécurité dans la région du bassin du lac Tchad. Les populations de cette partie du pays doivent déjà faire face à des difficultés économiques, climatiques et sociales importantes. Lorsque l'insécurité vient s'ajouter à ces difficultés, les conséquences deviennent encore plus lourdes. Les agriculteurs peuvent perdre leurs moyens de subsistance, les populations peuvent être déplacées et les échanges commerciaux peuvent être perturbés. Cette situation montre pourquoi la sécurité ne peut pas être pensée uniquement en termes militaires. Une paix durable dépend également du développement économique, de l'éducation et de la capacité de l'État à fournir des services essentiels.

Ces crises posent naturellement la question de la gouvernance. Les citoyens attendent de l'État qu'il garantisse la sécurité, mais aussi qu'il assure l'éducation, la santé, les infrastructures et la justice. Ils veulent également que les ressources publiques soient utilisées efficacement. C'est dans ce contexte que la lutte contre la corruption devient un enjeu majeur. La corruption ne représente pas seulement une perte financière. Elle peut également créer un sentiment d'injustice. Lorsqu'un citoyen pense que ses compétences ne suffisent pas et qu'il doit connaître quelqu'un pour obtenir une opportunité, la confiance dans les institutions diminue.

La gouvernance devient donc une question économique autant que politique. Un investisseur veut savoir si les règles seront respectées. Un entrepreneur veut pouvoir développer son activité sans être constamment confronté à des obstacles imprévisibles. Une famille veut savoir que ses enfants auront accès à une éducation correcte. Un citoyen veut pouvoir obtenir les services publics auxquels il a droit. La confiance constitue donc une véritable richesse nationale. Lorsqu'elle existe, elle facilite les échanges, l'investissement et la coopération. Lorsqu'elle disparaît, toute la société devient plus méfiante.

La décentralisation représente dans ce contexte un autre enjeu important. Le Cameroun est trop vaste et trop diversifié pour que toutes les décisions soient pensées uniquement depuis les centres administratifs nationaux. Les besoins d'une commune rurale de l'Extrême-Nord ne sont pas nécessairement ceux d'une grande ville du Littoral. Les priorités d'une région forestière peuvent être différentes de celles d'une région montagneuse. Donner davantage de responsabilités aux collectivités peut donc permettre de mieux adapter les politiques publiques aux réalités locales. Mais une véritable décentralisation exige également des ressources, des compétences et des mécanismes de contrôle.

Les infrastructures constituent un autre grand défi. Une route peut sembler être une simple construction en béton et en goudron, mais son importance économique est beaucoup plus profonde. Une route permet à un agriculteur de vendre ses produits. Elle permet à un étudiant d'accéder à son établissement. Elle permet à un malade d'atteindre un centre de santé. Elle permet à une entreprise de recevoir ses marchandises. Chaque kilomètre de route correctement construit peut donc participer indirectement à l'activité économique. À l'inverse, lorsqu'une région reste difficilement accessible, son potentiel reste souvent limité.

Le développement du port de Kribi s'inscrit dans cette logique de transformation. Le port représente une infrastructure stratégique pour renforcer les échanges commerciaux du pays. Mais sa véritable importance dépend de ce qui sera construit autour de lui. Un port peut attirer des marchandises, mais pour créer une véritable dynamique industrielle, il faut également des routes, des chemins de fer, des entrepôts, des zones industrielles et des entreprises capables de transformer les matières premières. Le véritable défi consiste donc à construire non pas seulement des infrastructures isolées, mais des réseaux économiques cohérents.

Cette réflexion conduit naturellement vers l'agriculture. Le Cameroun possède une diversité agricole remarquable. Les différentes régions permettent la production de cacao, de café, de coton, de bananes, de maïs, de manioc, de fruits, de palmier à huile et de nombreux autres produits. L'agriculture nourrit une grande partie de la population et constitue une source importante de revenus. Pourtant, une difficulté demeure : une partie des produits est encore exportée sous forme de matières premières avec une transformation locale limitée.

Or, la transformation peut multiplier la valeur économique. Le cacao peut être transformé en chocolat. Le coton peut devenir du tissu et des vêtements. Les fruits peuvent être transformés en jus. Le manioc peut être transformé en farine ou en produits alimentaires conditionnés. Cette logique permettrait de créer des emplois supplémentaires à chaque étape de la chaîne. L'agriculteur ne serait plus le seul acteur à gagner de l'argent. Les transporteurs, les techniciens, les ouvriers, les ingénieurs, les designers, les spécialistes du marketing et les commerçants participeraient également à la création de valeur.

C'est pourquoi l'industrialisation représente l'un des grands défis du Cameroun. Un pays qui exporte principalement des matières premières dépend fortement des fluctuations des marchés internationaux. À l'inverse, un pays qui transforme davantage ses ressources peut construire une économie plus diversifiée. L'objectif n'est donc pas simplement d'extraire ou de produire davantage. Il faut également apprendre à transformer, conditionner, vendre et exporter des produits à plus forte valeur ajoutée.

Le tourisme représente une autre possibilité. Le Cameroun possède une diversité géographique exceptionnelle. Ses plages, ses montagnes, ses forêts, ses savanes, ses parcs naturels et ses traditions culturelles pourraient attirer davantage de visiteurs nationaux et internationaux. Mais le tourisme ne repose pas seulement sur les paysages. Il nécessite une chaîne complète de services : transport, hébergement, sécurité, restauration, guides, communication et conservation des sites. Le potentiel touristique du Cameroun existe donc, mais sa transformation en véritable industrie nécessite une organisation à long terme.

La culture pourrait également devenir une industrie majeure. La musique camerounaise possède depuis longtemps une influence importante en Afrique. Le pays possède également des traditions de danse, de mode, de cuisine, de cinéma et d'arts visuels extrêmement riches. Internet permet aujourd'hui aux créateurs de toucher directement un public international. Mais pour que la culture devienne une véritable industrie, les artistes doivent pouvoir vivre de leur travail. Cela signifie développer la distribution, protéger les droits d'auteur, professionnaliser les structures et créer des marchés capables de rémunérer les créateurs.

La diaspora camerounaise constitue dans cette transformation un autre élément essentiel. Des Camerounais vivent en Europe, en Amérique, au Moyen-Orient et dans plusieurs pays africains. Ils conservent souvent des liens avec leur pays d'origine à travers les familles, les investissements, les transferts financiers et les projets. La diaspora représente donc une extension du Cameroun au-delà de ses frontières. Elle peut apporter des capitaux, des compétences, des réseaux internationaux et de nouvelles idées. Mais pour que cette contribution augmente, il faut également créer un environnement dans lequel les investisseurs de la diaspora peuvent avoir confiance.

Les femmes jouent elles aussi un rôle fondamental dans cette économie. Elles sont présentes dans l'agriculture, le commerce, l'éducation, la santé, les services et l'entrepreneuriat. Dans de nombreuses familles, elles jouent également un rôle central dans la gestion quotidienne des revenus. Donner aux femmes davantage d'accès au financement, à la formation et aux marchés peut donc avoir des conséquences économiques importantes. Une entrepreneure qui réussit ne transforme pas seulement sa propre situation ; elle peut contribuer à améliorer les conditions de vie de ses enfants, de sa famille et parfois de toute sa communauté.

À côté de l'économie et de la politique, une autre bataille se joue dans le domaine de l'éducation. Le Cameroun doit préparer une génération à un monde qui change extrêmement rapidement. Les compétences nécessaires dans dix ou vingt ans ne seront pas nécessairement les mêmes que celles qui étaient prioritaires au début des années 2000. L'intelligence artificielle, l'automatisation, les technologies numériques, le commerce électronique et les nouvelles formes de communication transforment déjà le marché du travail mondial. Le Cameroun devra donc trouver le moyen de préparer ses jeunes à participer à cette nouvelle économie au lieu de simplement la subir.

La santé représente également une dimension essentielle de cette transformation. Un pays ne peut pas devenir une puissance économique si une partie de sa population reste privée de soins de qualité. Les hôpitaux, les centres de santé, la formation des professionnels et l'accès aux médicaments sont donc directement liés au développement. Une population en bonne santé peut travailler, apprendre et entreprendre davantage. La santé doit ainsi être considérée comme un investissement dans la capacité productive du pays.

Mais le développement économique ne peut pas ignorer l'environnement. Le Cameroun possède une partie importante des forêts du bassin du Congo, ainsi qu'une biodiversité exceptionnelle. Ces ressources naturelles représentent une richesse écologique et économique. Pourtant, elles sont soumises à des pressions croissantes liées à l'agriculture, à l'exploitation forestière, à l'urbanisation et au développement des infrastructures. La question devient alors particulièrement complexe : comment permettre à une population en croissance d'améliorer son niveau de vie tout en protégeant les ressources naturelles dont dépendront les générations futures ?

Cette question prend encore plus d'importance avec les changements climatiques. Les agriculteurs dépendent des conditions météorologiques. Les périodes de sécheresse peuvent affecter les récoltes. Les fortes pluies peuvent provoquer des inondations. Dans les régions septentrionales, les ressources en eau constituent une question particulièrement importante. Le changement climatique n'est donc pas une question abstraite réservée aux conférences internationales. Il peut toucher directement le prix des aliments, les revenus des agriculteurs, l'accès à l'eau et la stabilité économique.

Au-dessus de toutes ces questions demeure une interrogation politique majeure : quelle sera la prochaine étape de la vie politique camerounaise ? Le président Paul Biya est au pouvoir depuis 1982, ce qui signifie qu'une grande partie de la population actuelle a vécu toute sa vie sous sa présidence. Cette longévité constitue un élément exceptionnel de l'histoire politique du pays. Elle signifie également que la question de l'avenir institutionnel du Cameroun dépasse désormais la simple personne du président. Elle concerne les institutions, les partis politiques, l'administration, l'armée, la société civile et la capacité du pays à organiser une transition stable lorsque celle-ci deviendra nécessaire.

Une transition politique réussie ne consiste pas simplement à changer un dirigeant. Elle suppose que les institutions soient suffisamment solides pour continuer à fonctionner pendant et après le changement. Elle suppose également que les différentes forces politiques puissent accepter les règles du jeu institutionnel. L'histoire de nombreux pays montre que les périodes de transition peuvent être particulièrement fragiles lorsqu'elles ne sont pas préparées. Pour le Cameroun, la stabilité future dépendra donc largement de la capacité à renforcer les institutions plutôt qu'à dépendre uniquement des individus.

Cette réflexion nous ramène finalement à la jeunesse. Les jeunes Camerounais d'aujourd'hui ne vivent plus dans le même environnement que leurs parents. Ils ont accès à Internet. Ils regardent les événements qui se déroulent dans d'autres pays. Ils peuvent comparer les systèmes éducatifs, les opportunités professionnelles, les salaires et les conditions de vie. Ils peuvent également créer des entreprises et communiquer directement avec des personnes situées à des milliers de kilomètres. Cette ouverture du monde augmente naturellement leurs attentes.

Ils ne veulent pas seulement entendre que le Cameroun possède des richesses.

Ils veulent voir ces richesses transformées en emplois.

Ils ne veulent pas seulement entendre que le pays possède un immense potentiel agricole.

Ils veulent voir les agriculteurs vivre dignement de leur travail.

Ils ne veulent pas seulement entendre parler du développement numérique.

Ils veulent pouvoir accéder à Internet, créer des entreprises et participer à l'économie numérique.

Ils ne veulent pas seulement entendre parler d'unité nationale.

Ils veulent sentir que toutes les régions et toutes les communautés ont une place réelle dans la construction du pays.

C'est probablement là que se trouve le véritable enjeu du Cameroun contemporain.

Le pays ne manque pas de ressources.

Il ne manque pas non plus de talents.

Il possède des entrepreneurs, des chercheurs, des ingénieurs, des agriculteurs, des artistes, des enseignants, des médecins, des artisans et des millions de jeunes capables de contribuer à son développement.

Le problème est de savoir comment organiser toutes ces forces autour d'un projet collectif.

Car une nation ne devient pas puissante uniquement parce qu'elle possède de l'or, du pétrole, du cacao, du bois ou des terres agricoles. Elle devient puissante lorsqu'elle possède les institutions, les compétences et les infrastructures capables de transformer ces ressources en richesse durable.

Le Cameroun se trouve donc devant une équation historique complexe.

Il doit créer des emplois sans détruire son environnement.

Il doit développer ses villes sans créer davantage d'inégalités.

Il doit attirer les investissements tout en protégeant ses intérêts nationaux.

Il doit moderniser son économie tout en préservant son identité culturelle.

Il doit maintenir son unité tout en reconnaissant sa diversité.

Il doit renforcer sa sécurité tout en répondant aux causes profondes des conflits.

Il doit préparer l'avenir tout en répondant aux urgences du présent.

Aucune de ces questions n'a de solution simple.

Mais c'est justement ce qui rend cette période de l'histoire camerounaise si importante.

Le Cameroun est désormais à un carrefour.

D'un côté se trouve le poids du passé : les héritages coloniaux, les anciennes structures politiques, les inégalités, les crises sécuritaires, les difficultés économiques et les problèmes institutionnels.

De l'autre se trouve une possibilité nouvelle : celle d'une société jeune, connectée, entreprenante, culturellement riche et capable de tirer parti des technologies modernes.

La véritable bataille du Cameroun ne sera donc peut-être pas une bataille militaire.

Elle sera une bataille pour la connaissance.

Une bataille pour l'emploi.

Une bataille pour l'innovation.

Une bataille pour la bonne gouvernance.

Une bataille pour la transformation industrielle.

Une bataille pour la protection de l'environnement.

Et surtout, une bataille pour donner à la jeunesse une raison de croire en son propre pays.

L'histoire du Cameroun démontre que le pays a déjà traversé des transformations extraordinaires. Des anciennes sociétés qui occupaient son territoire aux royaumes et chefferies, de la colonisation à l'indépendance, puis de la construction de l'État aux défis contemporains, chaque génération a laissé son empreinte.

Mais l'histoire ne s'arrête jamais avec une génération.

Elle se transmet.

Les générations précédentes ont construit l'État.

La génération actuelle doit désormais déterminer ce qu'elle veut faire de cet État.

Et la prochaine génération devra vivre avec les décisions prises aujourd'hui.

C'est pourquoi le Cameroun contemporain ne doit pas être regardé uniquement comme un pays confronté à des problèmes. Il doit également être regardé comme un pays placé devant une opportunité historique.

Une opportunité de transformer sa jeunesse en force économique.

Une opportunité de transformer son agriculture en industrie.

Une opportunité de transformer ses ressources en chaînes de valeur.

Une opportunité de transformer ses créateurs en véritables acteurs culturels internationaux.

Une opportunité de transformer son potentiel numérique en économie nouvelle.

Une opportunité de transformer sa diversité en force nationale.

Et surtout, une opportunité de transformer les leçons de son histoire en vision pour son avenir.

Car finalement, la grande question du Cameroun du XXIᵉ siècle n'est plus simplement :

« Que sommes-nous devenus depuis l'indépendance ? »

La véritable question est :

« Que voulons-nous devenir maintenant ? »

Le pays possède une histoire immense derrière lui.

Mais devant lui se trouve encore une histoire plus grande à écrire.

Et cette nouvelle histoire ne sera pas écrite uniquement dans les palais présidentiels, les ministères ou les grandes institutions.

Elle sera écrite dans les écoles, les universités, les entreprises, les exploitations agricoles, les ateliers, les hôpitaux, les studios, les marchés, les laboratoires, les plateformes numériques et dans chaque ville et chaque village du pays.

Elle sera écrite par les Camerounais eux-mêmes.

Et peut-être que, dans plusieurs décennies, lorsque les historiens regarderont le début du XXIᵉ siècle, ils ne retiendront pas seulement les crises que le pays aura traversées.

Ils regarderont également cette période comme celle où une nouvelle génération aura commencé à transformer profondément le Cameroun.

L'histoire du Cameroun continue. Et le prochain chapitre reste encore à écrire.


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