PARTIE 9 — AHMADOU AHIDJO : LA CONSTRUCTION DU CAMEROUN INDÉPENDANT, LA RÉUNIFICATION, LA CENTRALISATION DU POUVOIR ET LE DÉVELOPPEMENT DU PAYSAprès l'indépendance du Cameroun en 1960, le jeune État
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Après l'indépendance du Cameroun en 1960, le jeune État doit relever un défi immense : transformer un territoire sorti de la colonisation en une véritable nation capable de se gouverner elle-même.
À la tête de cette transformation se trouve Ahmadou Babatoura Ahidjo, premier président du Cameroun indépendant. Il dirige le pays de 1960 à 1982, soit plus de vingt-deux années. Il joue également un rôle central dans la réunification avec le Southern Cameroons en 1961 et dans la transformation progressive du Cameroun en un État fortement centralisé.
Son époque est extrêmement importante parce qu'elle correspond à la naissance des principales institutions de l'État camerounais moderne.
Mais elle est aussi profondément controversée.
D'un côté, Ahidjo est associé à la stabilité, à la construction administrative, au développement économique, à la réunification et à la création d'un État relativement solide.
De l'autre, son régime est marqué par la répression de l'opposition, la guerre contre les maquis de l'UPC, la concentration du pouvoir présidentiel, le parti unique et la réduction progressive de l'espace politique.
Pour comprendre le Cameroun contemporain, il est donc impossible de parler de son histoire sans comprendre profondément l'ère Ahidjo.
I. LE CAMEROUN AU LENDEMAIN DE L'INDÉPENDANCE
Le 1er janvier 1960, le Cameroun sous administration française devient indépendant.
Mais cette indépendance ne signifie pas que le pays est immédiatement stable.
Le nouvel État doit construire presque simultanément :
une administration nationale ;
une armée nationale ;
une diplomatie ;
une justice ;
une économie nationale ;
un système éducatif ;
un réseau d'infrastructures ;
une identité politique commune.
Le pays reste également confronté à une situation sécuritaire extrêmement difficile.
L'UPC, qui avait combattu pour l'indépendance avant 1960, poursuit la lutte armée contre le nouveau gouvernement.
Ahidjo considère donc que sa première mission est de préserver l'existence même du nouvel État.
II. QUI EST AHMADOU AHIDJO ?
Ahmadou Ahidjo naît le 24 août 1924 près de Garoua, dans le nord du Cameroun.
Il suit une formation administrative à Yaoundé et entre dans la fonction publique comme opérateur des télécommunications.
Son parcours est remarquable.
Il passe progressivement du statut de fonctionnaire à celui de responsable politique.
En 1943, il devient membre de l'Assemblée territoriale du Cameroun.
Au cours des années 1950, il occupe plusieurs fonctions politiques importantes.
En 1957, il devient vice-Premier ministre chargé de l'Intérieur.
En 1958, il devient Premier ministre.
Lorsque le Cameroun accède à l'indépendance, il possède donc déjà une importante expérience administrative et politique.
III. AHMADOU AHIDJO ET LA NAISSANCE DE LA RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN
Ahidjo devient président en mai 1960.
Son objectif est de faire fonctionner un État qui vient à peine de naître.
Il doit notamment assurer la continuité de l'administration laissée par la période coloniale tout en construisant progressivement une administration camerounaise.
Cette période est extrêmement délicate.
Le pays manque de cadres formés.
De nombreux secteurs restent dépendants de l'expertise étrangère.
La France conserve une influence économique, militaire et administrative considérable.
Ahidjo choisit donc une politique pragmatique : construire progressivement l'État plutôt que chercher une rupture immédiate avec tous les systèmes hérités de la colonisation.
IV. LA QUESTION DE LA RÉUNIFICATION
L'un des grands événements de son règne est la réunification.
Le Cameroun historique avait été divisé après la Première Guerre mondiale entre administrations française et britannique.
En 1960, seule la partie administrée par la France devient indépendante.
Le Southern Cameroons reste encore séparé.
Un référendum organisé sous l'égide des Nations unies en février 1961 permet aux populations du Northern Cameroons et du Southern Cameroons de choisir leur avenir.
Le Northern Cameroons choisit de rejoindre le Nigeria.
Le Southern Cameroons choisit de rejoindre la République du Cameroun.
Cette décision ouvre la voie à la création d'une fédération camerounaise.
V. LA CONFÉRENCE DE FOUMBAN
En juillet 1961, les représentants des deux parties se réunissent à Foumban pour discuter de la future organisation du pays.
Ahmadou Ahidjo représente la République du Cameroun.
John Ngu Foncha représente le Southern Cameroons.
Les discussions portent notamment sur la future Constitution et sur la répartition des pouvoirs entre l'État fédéral et les États fédérés.
Le résultat est la création d'une République fédérale du Cameroun.
Le 1er octobre 1961, la réunification devient effective.
Le Cameroun possède désormais deux États fédérés :
West Cameroon et East Cameroon.
Cette réunification constitue l'un des grands événements historiques du règne d'Ahidjo.
VI. UN PAYS, MAIS DEUX HÉRITAGES COLONIAUX
La réunification ne signifie cependant pas que les deux parties du pays deviennent immédiatement identiques.
Le Cameroun oriental a hérité du système administratif et juridique français.
Le Cameroun occidental possède un héritage britannique.
Les différences concernent :
la langue ;
le système judiciaire ;
l'éducation ;
l'administration ;
les traditions politiques ;
les structures locales ;
la culture administrative.
Le gouvernement doit donc construire une unité nationale tout en tenant compte de ces différences.
Cette question restera fondamentale dans l'histoire du Cameroun.
VII. LA GUERRE CONTRE L'UPC
Mais pendant que le gouvernement construit les institutions de la nouvelle République, une autre crise continue : la guerre contre l'UPC.
L'UPC refuse de reconnaître pleinement la légitimité du nouvel ordre politique.
Ses combattants poursuivent leurs activités clandestines et armées dans certaines régions.
Le gouvernement camerounais, soutenu par la France, entreprend une campagne militaire contre les maquis.
La guerre est particulièrement intense dans certaines zones du pays bassa et de l'Ouest.
Cette période laisse une mémoire extrêmement douloureuse dans plusieurs communautés.
Des populations civiles sont prises entre les forces gouvernementales et les insurgés.
La répression est sévère.
VIII. LA MORT D'ERNEST OUANDIÉ
Ernest Ouandié devient l'une des principales figures de la résistance armée de l'UPC.
Après la disparition de Ruben Um Nyobè et de Félix-Roland Moumié, il représente l'une des dernières grandes figures de l'insurrection.
Il est finalement capturé.
Après son procès, il est condamné à mort.
Le 15 janvier 1971, Ernest Ouandié est exécuté à Bafoussam.
Sa mort constitue un événement majeur.
Elle symbolise pour le gouvernement la fin de la principale résistance armée organisée.
Mais dans la mémoire de nombreux Camerounais, Ouandié demeure une figure importante du nationalisme camerounais.
La guerre contre l'UPC est aujourd'hui encore l'un des chapitres les plus discutés et les plus douloureux de l'histoire du Cameroun.
IX. LA PACIFICATION DU TERRITOIRE
Après plusieurs années de conflit, le gouvernement réussit progressivement à réduire fortement l'activité des maquis.
Certains anciens combattants sont arrêtés.
D'autres se rendent.
Certains responsables nationalistes sont intégrés dans le système politique.
L'État étend progressivement son contrôle sur l'ensemble du territoire.
Cette « pacification » permet au gouvernement de consacrer davantage de ressources au développement économique.
Mais elle se fait dans un contexte où les libertés politiques restent fortement limitées.
X. LA CONSTRUCTION DE L'UNITÉ NATIONALE
Ahidjo considère que l'unité est indispensable à la survie du Cameroun.
Le pays est extrêmement diversifié.
Il possède de nombreux peuples, langues et traditions.
Le gouvernement cherche donc à développer une identité nationale camerounaise dépassant les appartenances régionales.
Le discours officiel insiste constamment sur :
l'unité nationale, la paix et le développement.
Le pouvoir cherche également à éviter qu'une région ou un groupe politique puisse dominer complètement le pays.
XI. LE FÉDÉRALISME COMMENCE À ÊTRE CONTESTÉ
Au début des années 1960, le Cameroun fonctionne donc comme une fédération.
Mais Ahidjo considère progressivement que cette organisation complique la construction d'un État véritablement unifié.
Le gouvernement cherche à renforcer les institutions fédérales.
Le pouvoir central gagne progressivement en importance.
La question devient alors :
Le Cameroun doit-il rester une fédération ou devenir un État unitaire ?
Cette question va finalement être tranchée en 1972.
XII. 1966 : LA CRÉATION DE L'UNC
Un autre tournant intervient en 1966.
Les principaux partis politiques sont progressivement regroupés autour d'une seule organisation politique : l'Union nationale camerounaise, UNC.
L'UNC devient le parti dominant du pays.
Cette transformation marque la disparition progressive du multipartisme de la première période de l'indépendance.
Le parti devient étroitement lié à l'État.
L'administration et la politique se rapprochent fortement.
Ahidjo dispose désormais d'un instrument politique national beaucoup plus puissant.
XIII. POURQUOI AHIDJO VEUT-IL UN PARTI UNIQUE ?
Le pouvoir justifie cette politique par la nécessité de préserver l'unité.
Selon cette logique, la compétition entre plusieurs partis risque de provoquer des divisions régionales et ethniques.
Le parti unique doit donc permettre de rassembler les Camerounais autour d'un même projet national.
Mais cette politique possède également une autre conséquence :
elle réduit considérablement la possibilité d'une opposition politique organisée.
Les adversaires du régime disposent de moins en moins d'espace pour agir légalement.
Le Cameroun entre ainsi dans une période de forte centralisation politique.
XIV. LE RÉFÉRENDUM DU 20 MAI 1972
Le 20 mai 1972 constitue un tournant majeur.
Un référendum est organisé sur la transformation du système fédéral en État unitaire.
Le « oui » l'emporte massivement.
La République fédérale disparaît.
Le Cameroun devient la République-Unie du Cameroun.
Le système fédéral est remplacé par un État fortement centralisé.
Cette transformation renforce considérablement l'autorité du président.
XV. LA CENTRALISATION DU POUVOIR
Après 1972, Yaoundé devient encore plus importante comme centre du pouvoir national.
Les administrations territoriales sont davantage placées sous l'autorité du gouvernement central.
Les décisions politiques et administratives remontent vers la capitale.
Les États fédérés disparaissent.
Cette centralisation permet au gouvernement d'appliquer plus facilement ses politiques sur l'ensemble du territoire.
Mais elle réduit aussi considérablement l'autonomie institutionnelle dont disposaient auparavant les deux États fédérés.
XVI. LA POLITIQUE D'ÉQUILIBRE RÉGIONAL
Ahidjo comprend que la diversité du Cameroun peut devenir une source de tensions.
Il cherche donc à maintenir un certain équilibre dans la distribution des postes politiques et administratifs.
Des responsables issus de différentes régions sont nommés dans l'appareil d'État.
Cette pratique contribue à créer une forme de représentation nationale.
Mais elle renforce également le rôle du président, puisque les nominations dépendent largement du pouvoir central.
Le système devient ainsi à la fois un outil d'intégration nationale et un mécanisme de contrôle politique.
XVII. LA CONSTRUCTION DE L'ADMINISTRATION CAMEROUNAISE
Ahidjo accorde une grande importance à l'administration.
Le pays doit disposer de fonctionnaires capables de gérer :
les finances publiques ;
l'éducation ;
la santé ;
la justice ;
l'agriculture ;
les transports ;
les collectivités territoriales ;
la sécurité.
Des écoles et institutions de formation administrative sont développées.
L'objectif est de remplacer progressivement les cadres étrangers par des cadres camerounais.
La création d'une administration nationale constitue l'une des grandes réalisations institutionnelles de cette période.
XVIII. LE DÉVELOPPEMENT AGRICOLE
L'économie camerounaise reste essentiellement agricole.
Ahidjo comprend donc que le développement du pays passe nécessairement par les campagnes.
Le gouvernement encourage différentes cultures :
cacao, café, coton, banane, huile de palme, arachide et autres productions vivrières.
Les cultures d'exportation permettent au Cameroun d'obtenir des devises étrangères.
Les cultures vivrières permettent de nourrir la population.
L'agriculture devient ainsi l'un des piliers de la stratégie économique nationale.
XIX. LE COTON DANS LE NORD
Dans les régions septentrionales, le coton prend une importance particulière.
La filière est progressivement structurée par l'État.
La culture du coton devient une source importante de revenus pour de nombreuses familles.
Elle contribue également à intégrer davantage le Nord dans l'économie nationale.
Plus tard, la SODECOTON deviendra un acteur majeur de cette filière.
XX. LE CACAO ET LE CAFÉ
Dans les régions du Centre, du Sud, du Littoral et de l'Ouest, le cacao et le café jouent un rôle essentiel.
Des milliers de petits exploitants dépendent de ces cultures.
Les revenus tirés de ces produits permettent à de nombreuses familles rurales de financer :
l'éducation des enfants ;
la construction des maisons ;
les soins ;
les transports ;
l'achat de matériel agricole.
Mais cette économie dépend fortement des prix internationaux.
Lorsque les cours mondiaux diminuent, les revenus des agriculteurs diminuent également.
XXI. LE DÉVELOPPEMENT DES INFRASTRUCTURES
Ahidjo veut également moderniser le pays.
L'État investit dans les routes.
Les voies ferrées sont développées.
Les ports sont modernisés.
Les infrastructures administratives se multiplient.
Les grandes villes connaissent une croissance rapide.
Yaoundé devient le centre politique.
Douala demeure le principal centre économique et portuaire.
D'autres villes comme Bafoussam, Garoua, Maroua, Ngaoundéré et Bamenda prennent progressivement de l'importance.
XXII. LE CHEMIN DE FER
Le réseau ferroviaire joue un rôle stratégique.
Il permet de transporter :
les produits agricoles ;
les marchandises ;
les voyageurs ;
les matières premières.
Le chemin de fer relie progressivement différentes régions économiques.
Dans un pays aussi vaste et diversifié, les transports deviennent indispensables à la construction d'un marché national.
XXIII. L'INDUSTRIALISATION
Ahidjo ne veut pas que le Cameroun soit uniquement un exportateur de matières premières.
L'État encourage donc l'industrie.
Des entreprises publiques et parapubliques sont créées dans plusieurs secteurs.
L'objectif est de transformer une partie des ressources nationales sur place.
L'industrie agroalimentaire se développe.
Le secteur du bois prend également de l'importance.
Les industries de boissons, de ciment, de textile et d'autres secteurs apparaissent ou se renforcent.
XXIV. LE PÉTROLE
L'exploitation pétrolière devient progressivement importante au cours des années 1970.
Le pétrole offre à l'État de nouvelles recettes.
Ces ressources permettent d'accélérer certains investissements.
Le gouvernement dispose alors de davantage de moyens pour financer :
les infrastructures ;
les bâtiments publics ;
l'éducation ;
l'énergie ;
l'administration ;
les entreprises publiques.
Cette période contribue à donner au Cameroun l'image d'une économie relativement solide en Afrique centrale.
XXV. L'ÉDUCATION
Ahidjo comprend également que l'indépendance politique nécessite la formation d'une nouvelle élite camerounaise.
L'éducation est donc progressivement développée.
Des écoles primaires et secondaires sont construites.
Le nombre d'élèves augmente.
L'enseignement supérieur se développe.
L'Université fédérale du Cameroun est créée à Yaoundé en 1962.
Une nouvelle génération d'enseignants, ingénieurs, médecins, juristes, administrateurs et cadres commence ainsi à se former au Cameroun.
XXVI. LA SANTÉ
Le gouvernement investit également dans les infrastructures sanitaires.
Des hôpitaux sont construits ou développés.
Des centres de santé apparaissent dans différentes régions.
Mais les disparités restent importantes.
Les grandes villes disposent de services plus développés que les zones rurales.
Le Cameroun doit encore faire face à de nombreuses maladies et à un manque de personnel médical.
XXVII. LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE D'AHIDJO
Sur le plan international, Ahidjo adopte une politique relativement pragmatique.
Il entretient des relations particulièrement étroites avec la France.
La coopération franco-camerounaise concerne :
l'économie ;
la défense ;
l'éducation ;
l'administration ;
la diplomatie ;
la formation militaire.
Cette coopération permet au jeune État de bénéficier d'un soutien important.
Mais elle est également critiquée par les nationalistes qui considèrent que le Cameroun reste trop dépendant de son ancienne puissance coloniale.
XXVIII. AHIDJO ET LA FRANCE
La relation entre Ahidjo et la France constitue donc une dimension essentielle de son règne.
La France apporte un soutien militaire au gouvernement dans sa lutte contre l'insurrection de l'UPC.
Elle conserve également d'importants intérêts économiques.
Des entreprises françaises restent présentes dans plusieurs secteurs.
Ahidjo, de son côté, considère cette coopération comme nécessaire au développement et à la stabilité du pays.
Cette relation sera cependant régulièrement dénoncée par les adversaires du régime.
XXIX. UN RÉGIME AUTORITAIRE
Il est impossible de raconter l'époque Ahidjo uniquement comme une période de construction nationale.
Le régime est également fortement autoritaire.
La liberté politique est limitée.
Le parti unique réduit considérablement la compétition électorale.
Les opposants peuvent être emprisonnés ou placés sous surveillance.
La presse est contrôlée.
Les services de sécurité jouent un rôle important.
Le pouvoir présidentiel devient extrêmement puissant.
Le système politique repose donc sur une combinaison de stabilité, centralisation et contrôle politique.
XXX. LE SYNDICALISME SOUS AHIDJO
Le gouvernement cherche également à contrôler les organisations professionnelles.
Les syndicats sont progressivement regroupés dans des structures nationales.
L'objectif est d'éviter que les mouvements sociaux deviennent une force politique indépendante.
Cette stratégie permet au gouvernement de maintenir un contrôle important sur les relations entre travailleurs et État.
Mais elle réduit également l'autonomie des organisations syndicales.
XXXI. LA SOCIÉTÉ CAMEROUNAISE SE TRANSFORME
Malgré le caractère autoritaire du régime, la société camerounaise change profondément pendant les années 1960 et 1970.
Les villes grandissent.
Une classe moyenne commence à se développer.
Les écoles forment de nouvelles générations.
Les fonctionnaires deviennent plus nombreux.
Les travailleurs urbains se multiplient.
La radio devient un outil majeur d'information.
Le Cameroun commence progressivement à entrer dans une nouvelle modernité.
XXXII. LES VILLES PRENNENT DE L'IMPORTANCE
Yaoundé et Douala connaissent une croissance particulièrement rapide.
Douala devient le cœur économique du pays.
Son port facilite les échanges avec l'étranger.
Yaoundé devient le centre administratif et politique.
Les villes attirent les jeunes venus des campagnes à la recherche de travail et d'éducation.
Cette urbanisation transforme progressivement la société camerounaise.
XXXIII. LA STABILITÉ D'AHIDJO : UNE RÉALITÉ, MAIS À QUEL PRIX ?
L'un des principaux arguments en faveur du régime d'Ahidjo est la stabilité.
Après les violences des années précédant et suivant l'indépendance, le gouvernement réussit à imposer une certaine continuité.
Le pays évite les nombreux coups d'État qui touchent plusieurs États africains après les indépendances.
Les institutions fonctionnent.
L'administration s'étend.
L'économie progresse pendant une partie de la période.
Mais cette stabilité repose aussi sur une forte concentration du pouvoir.
C'est là toute l'ambivalence de l'époque Ahidjo.
XXXIV. LE CAMEROUN ENTRE DANS UNE PÉRIODE DE PROSPÉRITÉ
Au cours des années 1970, les revenus agricoles et pétroliers augmentent.
L'État dispose de davantage de ressources.
Les investissements se multiplient.
Les infrastructures progressent.
Le gouvernement lance de nombreux projets.
Le Cameroun commence à apparaître comme un pays relativement prospère dans son environnement régional.
Cette période nourrit l'idée que le pays peut devenir une grande puissance économique d'Afrique centrale.
XXXV. LES LIMITES DU MODÈLE ÉCONOMIQUE
Mais derrière cette croissance apparaissent certaines fragilités.
L'économie dépend fortement des matières premières.
L'État joue un rôle très important dans l'économie.
De nombreuses entreprises publiques dépendent des financements publics.
La bureaucratie devient importante.
Les inégalités régionales persistent.
Le développement des infrastructures reste inégal.
Le Cameroun reste donc vulnérable aux changements de l'économie mondiale.
XXXVI. LA FIN DU RÈGNE D'AHIDJO
À la fin des années 1970, Ahmadou Ahidjo dirige le pays depuis près de vingt ans.
Son pouvoir semble solidement établi.
Mais les années 1980 vont apporter une surprise.
Le président annonce son départ.
Le 4 novembre 1982, il démissionne de la présidence.
Le 6 novembre 1982, Paul Biya lui succède constitutionnellement.
Ahidjo affirme notamment être fatigué après de longues années à la tête du pays.
Mais son départ va rapidement provoquer une profonde crise politique entre les deux hommes.
XXXVII. PAUL BIYA : LE SUCCESSEUR
Paul Biya n'est pas un nouveau venu.
Il a occupé plusieurs fonctions importantes dans l'État.
Il a notamment été Premier ministre avant de devenir président.
Ahidjo pense donc avoir choisi un successeur capable d'assurer la continuité du système.
Mais la relation entre les deux hommes va rapidement se détériorer.
Ahidjo conserve la présidence de l'UNC.
Biya contrôle désormais l'État.
Une question fondamentale apparaît :
Qui doit réellement diriger le Cameroun ?
Cette rivalité constituera le début d'une nouvelle phase de l'histoire du pays.
XXXVIII. LA FIN DE L'ÈRE AHIDJO
Lorsque Paul Biya prend le pouvoir en novembre 1982, l'ère Ahidjo semble officiellement terminée.
Mais l'ancien président conserve encore une influence politique.
Les relations entre les deux hommes se détériorent rapidement.
La crise aboutira finalement à leur rupture totale.
Ahidjo part en exil.
Quelques années plus tard, il sera condamné par contumace dans le contexte de la tentative de coup d'État de 1984.
Il mourra finalement à Dakar le 30 novembre 1989.
XXXIX. LE BILAN D'AHIDJO
Le bilan d'Ahidjo est profondément complexe.
Sur le plan politique
Il a :
consolidé l'État camerounais ;
participé à la réunification ;
renforcé les institutions nationales ;
centralisé le pouvoir ;
instauré le parti unique ;
réduit fortement l'espace politique de l'opposition.
Sur le plan économique
Il a :
développé l'agriculture ;
encouragé l'industrialisation ;
développé les infrastructures ;
favorisé l'exploitation pétrolière ;
renforcé les entreprises publiques ;
développé les services de l'État.
Sur le plan international
Il a :
maintenu des relations étroites avec la France ;
développé les relations africaines ;
cherché à maintenir une politique extérieure pragmatique.
Sur le plan social
Il a :
développé l'éducation ;
renforcé les services publics ;
contribué à l'urbanisation ;
participé à la création d'une nouvelle élite administrative camerounaise.
Mais ces transformations ont été accompagnées d'un régime autoritaire et d'une répression politique importante.
XL. POURQUOI AHIDJO RESTE-T-IL UNE FIGURE CONTROVERSÉE ?
Ahidjo est encore aujourd'hui perçu de différentes manières.
Pour certains Camerounais, il est le père de l'État camerounais moderne.
Ils mettent en avant la stabilité qu'il a apportée, la construction des institutions, la réunification et le développement économique.
Pour d'autres, il représente un régime autoritaire qui a supprimé le pluralisme politique et réprimé brutalement ses adversaires.
Les deux dimensions appartiennent à l'histoire du Cameroun.
Il faut donc éviter de transformer son histoire en simple récit héroïque ou en simple récit à charge.
Son règne fut une période de construction nationale accompagnée d'une concentration exceptionnelle du pouvoir.
CONCLUSION DE LA PARTIE 9
Entre 1960 et 1982, Ahmadou Ahidjo joue un rôle central dans la construction du Cameroun indépendant.
Il prend la tête d'un pays fragile, marqué par les conséquences de la colonisation, les divisions politiques et la guerre contre l'UPC.
Il contribue à la réunification avec le Southern Cameroons en 1961.
Il transforme ensuite progressivement le Cameroun fédéral en un État unitaire.
En 1966, l'UNC devient le parti politique dominant.
En 1972, le fédéralisme disparaît au profit d'un État unitaire fortement centralisé.
Parallèlement, Ahidjo développe l'agriculture, les infrastructures, l'éducation, l'industrie et l'exploitation des ressources naturelles.
Le Cameroun connaît une période de croissance et de modernisation.
Mais cette construction de l'État s'accompagne d'un régime autoritaire, de la limitation des libertés politiques et d'une répression sévère contre les mouvements considérés comme hostiles au pouvoir.
En 1982, après vingt-deux années à la présidence, Ahidjo quitte finalement le pouvoir et transmet la présidence à Paul Biya.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là.
La rupture entre les deux hommes va rapidement transformer le paysage politique camerounais.
La tentative de coup d'État de 1984, la consolidation du pouvoir de Paul Biya, la crise économique des années 1980 et la montée des revendications démocratiques vont ouvrir une nouvelle période.


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