ÉPISODE 18 — ROCH KABORÉ, LA MONTÉE DE L’INSÉCURITÉ ET LES DEUX COUPS D’ÉTAT DE 2022Après la chute de Blaise Compaoré, le Burkina Faso entre dans une nouvelle période de son histoire. Après 27 années
Après la chute de Blaise Compaoré, le Burkina Faso entre dans une nouvelle période de son histoire. Après 27 années de pouvoir, Compaoré quitte la présidence le 31 octobre 2014, sous la pression d'une mobilisation populaire massive. Une période de transition est alors mise en place afin de permettre au pays de retrouver des institutions civiles et d'organiser de nouvelles élections. En novembre 2015, les Burkinabè retournent aux urnes et Roch Marc Christian Kaboré remporte l'élection présidentielle. Il devient officiellement président du Faso le 29 décembre 2015. Son arrivée au pouvoir représente une nouvelle étape pour un pays qui vient de connaître plusieurs décennies de bouleversements politiques. Mais derrière cette nouvelle alternance se prépare déjà une crise qui va progressivement transformer toute la société burkinabè : la montée de l'insécurité dans le Sahel.
Lorsque Roch Kaboré prend ses fonctions, le Burkina Faso doit déjà faire face aux conséquences de plusieurs années de tensions politiques. La chute de Compaoré a été suivie par une transition difficile et, en septembre 2015, le pays a encore connu une tentative de prise de pouvoir menée par des membres du Régiment de sécurité présidentielle, le RSP. Cette tentative avait finalement échoué après une forte mobilisation populaire et l'intervention des forces armées régulières. Le Burkina Faso revient alors à un pouvoir civil élu, mais les institutions restent fragiles et la population attend beaucoup du nouveau président.
Dans le même temps, la situation sécuritaire du Sahel se détériore rapidement. La crise qui avait commencé dans le nord du Mali en 2012 s'étend progressivement vers les pays voisins. Des groupes armés commencent à mener des opérations dans les zones frontalières du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Le Burkina Faso, situé au cœur de cette région, se retrouve progressivement exposé à une menace qui va prendre une ampleur considérable. Ce qui commence par des attaques concentrées dans certaines zones frontalières va progressivement toucher des territoires beaucoup plus vastes.
Le 15 janvier 2016, quelques semaines seulement après l'arrivée de Roch Kaboré au pouvoir, Ouagadougou est frappée par une attaque majeure. Des assaillants attaquent notamment le Splendid Hotel et le restaurant Cappuccino, dans le centre de la capitale. Plusieurs dizaines de personnes sont tuées et de nombreuses autres sont blessées. Pour le Burkina Faso, le choc est immense. Cette attaque montre que la menace n'est plus limitée aux zones éloignées du nord du pays : elle peut désormais atteindre directement la capitale. L'attaque de janvier 2016 devient ainsi l'un des premiers grands signes de l'aggravation de la situation sécuritaire au Burkina Faso.
Après cette attaque, les violences se multiplient progressivement. Dans le nord du pays, des postes de sécurité sont attaqués. Des militaires et des gendarmes sont tués. Des civils sont également victimes de violences. Au fil du temps, les attaques s'étendent à d'autres régions. Le problème devient alors beaucoup plus vaste qu'une simple série d'attentats isolés. Il commence à affecter le fonctionnement quotidien de nombreuses communautés. Dans certaines zones, les écoles ferment, des enseignants quittent leur poste, des marchés cessent de fonctionner et des familles abandonnent leurs villages pour chercher refuge dans des endroits considérés comme plus sûrs.
La crise sécuritaire devient également une crise humanitaire. Des milliers, puis des centaines de milliers de personnes sont contraintes de se déplacer à l'intérieur du pays. Des villes accueillent des populations venues de zones rurales devenues dangereuses. Ces déplacements créent de nouveaux besoins : logement, nourriture, eau, soins médicaux et éducation. Pour les familles déplacées, la vie quotidienne change complètement. Certaines personnes perdent leur maison, leurs terres, leurs commerces ou leurs moyens de subsistance. Le conflit transforme ainsi progressivement la société burkinabè.
Les forces de défense et de sécurité se retrouvent elles aussi sous une pression croissante. Les militaires doivent défendre des territoires immenses, protéger les populations et répondre à des attaques parfois menées dans des zones difficiles d'accès. Les pertes augmentent. Dans certaines régions, les forces de sécurité sont confrontées à des difficultés logistiques et opérationnelles. Une partie de la population commence alors à se demander si l'État dispose des moyens nécessaires pour protéger toutes les communautés.
Face à cette situation, le gouvernement renforce les opérations militaires et développe également le recours aux Volontaires pour la défense de la patrie, les VDP. L'objectif est de permettre à des civils volontaires de participer à la défense de leurs communautés aux côtés des forces de sécurité. Ces volontaires connaissent souvent bien leur environnement local et peuvent contribuer à la surveillance de certaines zones. Mais leur utilisation soulève également des questions concernant leur formation, leur équipement, leur encadrement et les risques auxquels ils sont exposés.
À partir de 2019, la situation sécuritaire devient encore plus grave. Les attaques se multiplient et touchent davantage de régions. Les violences atteignent progressivement des zones qui avaient jusque-là été relativement épargnées. Les déplacements de populations augmentent et les besoins humanitaires deviennent considérables. Dans certaines communautés, les violences armées se combinent avec des conflits locaux liés notamment aux ressources, aux terres et aux tensions communautaires. La situation devient donc de plus en plus complexe.
Malgré ces difficultés, Roch Marc Christian Kaboré est réélu président en 2020. Mais son deuxième mandat commence dans un contexte profondément différent de celui de son premier mandat. La sécurité est désormais au centre des préoccupations nationales. Les populations attendent une amélioration rapide de la situation, tandis que les forces de défense continuent de subir des pertes importantes.
L'un des événements les plus marquants survient en novembre 2021, avec l'attaque contre le détachement de gendarmerie d'Inata, dans la région du Sahel. Des dizaines de gendarmes sont tués. L'événement provoque une profonde émotion au Burkina Faso et déclenche une nouvelle vague de critiques contre le gouvernement. La question des conditions de travail, de l'équipement et de l'approvisionnement des forces de sécurité devient alors centrale. La colère augmente dans le pays et la pression sur Roch Kaboré devient de plus en plus forte.
À la fin de 2021 et au début de 2022, des manifestations se multiplient. Une partie de la population reproche au gouvernement de ne pas parvenir à empêcher la progression des groupes armés. Les familles des militaires demandent davantage de moyens pour les forces engagées sur le terrain. Des organisations de la société civile réclament également des changements. La crise sécuritaire devient ainsi une crise politique.
Puis arrive le 23 janvier 2022. Des militaires se mutinent dans plusieurs casernes. Des tirs sont entendus à Ouagadougou. Les soldats réclament notamment davantage de moyens et une meilleure prise en charge des militaires engagés dans la lutte contre les groupes armés. La situation se détériore rapidement. Le 24 janvier, les militaires annoncent avoir pris le pouvoir. Le président Roch Marc Christian Kaboré est arrêté. Le gouvernement est dissous et la Constitution est suspendue. Le Burkina Faso vient de connaître un nouveau coup d'État.
Les militaires regroupés au sein du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration, le MPSR, placent à leur tête le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Il devient président de la transition. Le nouveau pouvoir affirme que son objectif principal est de lutter contre l'insécurité et de restaurer la capacité de l'État à protéger les populations. Pour une partie de la population, l'arrivée des militaires est alors perçue comme une conséquence directe de l'incapacité du pouvoir précédent à contenir la crise sécuritaire. Mais cette nouvelle période ne va pas apporter immédiatement les résultats espérés.
Les institutions régionales et internationales réagissent au coup d'État. Le Burkina Faso est suspendu de certaines organisations régionales à la suite de la prise du pouvoir par les militaires. La CEDEAO et l'Union africaine demandent notamment un retour à l'ordre constitutionnel. Mais au Burkina Faso, la priorité du nouveau pouvoir reste la situation sécuritaire. Les attaques continuent et les populations continuent de subir les conséquences de la crise.
Pendant les mois qui suivent, le gouvernement de Damiba tente de reprendre l'initiative sur le terrain. Les forces de sécurité poursuivent leurs opérations et les autorités cherchent à réorganiser la lutte contre les groupes armés. Mais les résultats restent difficiles à obtenir. Dans plusieurs régions, les attaques continuent. Les populations déplacées restent nombreuses et les critiques contre le pouvoir militaire commencent à augmenter.
Puis, le 30 septembre 2022, le Burkina Faso connaît un deuxième coup d'État en moins d'une année.
Des militaires apparaissent dans les rues de Ouagadougou. Des tirs sont entendus. Des barrages sont installés. Le pouvoir de Paul-Henri Sandaogo Damiba est contesté par un groupe de jeunes officiers. Ils lui reprochent notamment de ne pas avoir réussi à améliorer suffisamment la situation sécuritaire.
À la tête de ce mouvement se trouve un jeune capitaine : Ibrahim Traoré.
Le 30 septembre 2022, Ibrahim Traoré et les militaires qui le soutiennent annoncent la destitution de Paul-Henri Sandaogo Damiba. Damiba finit par quitter le pouvoir. Le Burkina Faso connaît donc deux changements de régime militaire au cours de la même année.
L'arrivée d'Ibrahim Traoré ouvre une nouvelle page de l'histoire du pays. Il devient rapidement une figure centrale de la politique burkinabè. Son discours met fortement l'accent sur la sécurité, la souveraineté nationale et la capacité du Burkina Faso à décider lui-même de ses orientations. Une partie de la population exprime son soutien à cette nouvelle orientation, tandis que d'autres acteurs soulignent les difficultés et les risques liés à la succession de prises de pouvoir militaires.
Mais derrière les changements politiques, une réalité demeure : la crise sécuritaire continue.
Des millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire. Des populations restent déplacées. Des écoles sont fermées dans certaines régions. Des communautés vivent avec la peur de nouvelles attaques. Les forces de sécurité continuent de mener des opérations et les autorités cherchent à renforcer la mobilisation nationale.
L'année 2022 marque donc un tournant majeur dans l'histoire récente du Burkina Faso. En quelques mois, le pays passe d'un président élu, Roch Marc Christian Kaboré, à un premier régime militaire dirigé par Paul-Henri Sandaogo Damiba, puis à un second régime militaire dirigé par Ibrahim Traoré. Ces changements ne peuvent pas être séparés de la grave crise sécuritaire qui touche le pays depuis plusieurs années.
Le Burkina Faso entre alors dans une nouvelle époque. Le discours politique évolue. La question de la souveraineté devient beaucoup plus présente. Le gouvernement militaire cherche à réorganiser les forces de défense et à renforcer la mobilisation nationale. Les relations avec certains partenaires étrangers évoluent également, tandis que le pays cherche de nouvelles formes de coopération régionale.
Mais l'histoire d'Ibrahim Traoré ne fait alors que commencer. Son arrivée au pouvoir ouvre une nouvelle séquence de l'histoire burkinabè : celle de la réorganisation de l'État, de la mobilisation contre les groupes armés, des nouvelles orientations diplomatiques et du débat sur la souveraineté du pays.
Après la révolution de Thomas Sankara, les 27 années de Blaise Compaoré, la présidence de Roch Kaboré et les deux coups d'État de 2022, le Burkina Faso entre donc dans une nouvelle phase.
Une phase dont l'histoire reste intimement liée à une question fondamentale :
comment reconstruire la sécurité, l'État et la stabilité d'un pays profondément marqué par plusieurs années de crise ?
C'est à cette question que nous nous intéresserons dans le prochain épisode.
ÉPISODE 19
IBRAHIM TRAORÉ : LA NOUVELLE ÈRE MILITAIRE, LA SOUVERAINETÉ ET LES NOUVEAUX DÉFIS DU BURKINA FASO
DIBAWORLD – LES CHRONIQUES D'AFRIQUE
Raconter l'histoire de l'Afrique, une époque à la fois.


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