ÉPISODE 20 — LE BURKINA FASO AUJOURD’HUI : SOUVERAINETÉ, RÉSILIENCE ET LES DÉFIS DE L’AVENIRL'histoire du Burkina Faso est une histoire de transformations permanentes. Des anciennes sociétés qui occ
L'histoire du Burkina Faso est une histoire de transformations permanentes. Des anciennes sociétés qui occupaient cette terre avant la création de l'État moderne jusqu'aux royaumes mossi, de la colonisation française à la naissance de la Haute-Volta, de l'indépendance de 1960 à la révolution de Thomas Sankara, du long pouvoir de Blaise Compaoré à l'insurrection populaire de 2014, puis de la crise sécuritaire aux coups d'État de 2022, chaque génération a laissé une empreinte sur le pays. Aujourd'hui, le Burkina Faso se trouve une nouvelle fois à un moment décisif de son histoire. Sous la direction d'Ibrahim Traoré, le pays cherche à répondre à une crise sécuritaire profonde tout en affirmant une volonté nouvelle de souveraineté politique, militaire et économique. Cette période ne peut pas encore être considérée comme une histoire définitivement achevée : elle est en train de s'écrire sous nos yeux.
Lorsque Ibrahim Traoré arrive au pouvoir en septembre 2022, il hérite d'un pays profondément marqué par les conséquences de plusieurs années de violences. Les attaques de groupes armés ont provoqué des pertes humaines considérables, des déplacements massifs de populations et de profondes perturbations économiques et sociales. L'insécurité a touché l'agriculture, l'éducation, les transports et le fonctionnement des services publics dans certaines régions. En 2026, les conséquences humanitaires restent importantes : les Nations unies signalent encore des besoins liés aux déplacements, à la protection des populations, à l'éducation et à la résilience des communautés.
Face à cette situation, le pouvoir burkinabè place la reconquête du territoire au centre de son action. L'idée défendue par les autorités est que le Burkina Faso doit être capable d'assurer lui-même sa défense et de réduire sa dépendance à l'égard des partenaires extérieurs. Les forces armées sont renforcées et la mobilisation nationale est développée. Les Volontaires pour la défense de la patrie, déjà présents avant l'arrivée de Traoré, prennent une place importante dans la stratégie de défense. Cette mobilisation traduit une réalité : dans un pays où une partie du territoire a été affectée par les violences, la question de la sécurité n'est plus seulement une question militaire. Elle concerne directement les familles, les agriculteurs, les commerçants, les enseignants, les jeunes et l'ensemble de la société.
Mais la nouvelle orientation du Burkina Faso ne concerne pas uniquement l'intérieur du pays. Elle transforme également ses relations avec l'extérieur. Le gouvernement d'Ibrahim Traoré affirme davantage sa volonté de choisir lui-même ses partenaires et de déterminer sa politique étrangère sans dépendre d'une puissance étrangère. Cette vision entraîne notamment une dégradation des relations avec la France et une nouvelle orientation de la coopération militaire. Le Burkina Faso cherche alors à diversifier ses partenaires et à renforcer ses relations avec d'autres États.
Cette évolution doit être comprise dans un contexte régional plus large. Le Burkina Faso n'est pas le seul pays du Sahel à connaître cette transformation. Le Mali et le Niger, eux aussi dirigés par des régimes militaires, suivent des orientations comparables sur plusieurs questions. Les trois pays décident de renforcer leur coopération et créent l'Alliance des États du Sahel, l'AES. Cette alliance devient progressivement l'un des principaux cadres de coopération politique et sécuritaire entre les trois États.
Un événement majeur intervient ensuite : le Burkina Faso, le Mali et le Niger quittent officiellement la CEDEAO le 29 janvier 2025. Cette décision constitue un tournant historique dans l'intégration ouest-africaine. Pendant des décennies, la CEDEAO avait représenté l'un des principaux cadres politiques et économiques de la région. Le retrait des trois États sahéliens montre donc que l'Afrique de l'Ouest traverse une période de profonde recomposition. La CEDEAO a néanmoins indiqué maintenir certaines dispositions pratiques concernant notamment la circulation, les documents d'identité et les échanges pendant la période de séparation.
Pour le Burkina Faso, cette rupture représente à la fois une affirmation de souveraineté et un nouveau défi. Quitter une organisation régionale ne signifie pas simplement changer de discours politique. Cela implique également de repenser les échanges commerciaux, la circulation des personnes, les relations diplomatiques et les mécanismes de coopération. Le Burkina Faso reste profondément lié géographiquement, historiquement et économiquement à ses voisins. Les populations de la région ont depuis des siècles circulé entre les territoires qui correspondent aujourd'hui au Burkina Faso, au Mali, au Niger, à la Côte d'Ivoire, au Ghana, au Togo et au Bénin. Les frontières modernes n'ont donc jamais supprimé les liens humains, familiaux et commerciaux qui existaient avant leur création.
C'est pourquoi l'avenir du Burkina Faso ne peut pas être imaginé comme une histoire isolée. Le pays appartient à un espace ouest-africain où les économies, les peuples et les cultures restent étroitement connectés. Même après son retrait de la CEDEAO, le Burkina Faso doit continuer à commercer avec ses voisins, à faire circuler ses marchandises et à maintenir des relations avec les États de la région. La question devient donc celle d'une nouvelle forme d'intégration : comment défendre une souveraineté nationale tout en restant connecté à son environnement régional ?
L'AES constitue l'une des réponses proposées par les trois États sahéliens. Au fil du temps, cette coopération dépasse progressivement la seule question militaire. Les trois pays cherchent à développer des mécanismes communs dans plusieurs domaines et à renforcer leur capacité collective à répondre aux crises. En août 2026, un forum humanitaire de l'AES organisé à Ouagadougou réunissait notamment les trois États autour de questions liées à la résilience, à l'action humanitaire et au développement des communautés. Cela montre que la coopération entre les pays de l'AES ne se limite plus au discours sécuritaire.
Mais derrière les grands discours sur la souveraineté se trouve une réalité fondamentale : un État ne peut être véritablement souverain que s'il est capable de protéger sa population et d'assurer des conditions de vie dignes. C'est là que se trouve l'un des plus grands défis du Burkina Faso contemporain. La souveraineté ne signifie pas seulement contrôler ses frontières ou choisir ses partenaires étrangers. Elle signifie aussi pouvoir nourrir sa population, garantir l'accès à l'éducation, développer les infrastructures, assurer les soins de santé, créer des emplois et permettre aux citoyens de vivre sans la peur permanente de la violence.
Le Burkina Faso doit donc résoudre plusieurs problèmes simultanément. Il doit renforcer sa sécurité, reconstruire les zones affectées par les violences, permettre le retour des populations déplacées lorsque les conditions le permettent, maintenir les écoles ouvertes, soutenir l'agriculture et développer son économie. Dans certaines régions, la question humanitaire reste particulièrement importante. Les Nations unies soulignent encore en 2026 l'importance des efforts de résilience et de protection des populations affectées.
L'agriculture occupe une place essentielle dans cette reconstruction. Une grande partie de la population burkinabè dépend directement ou indirectement de l'agriculture et de l'élevage. Lorsque l'insécurité empêche les agriculteurs d'accéder à leurs champs, ce n'est pas seulement leur revenu qui disparaît. C'est aussi une partie de la production alimentaire nationale qui est menacée. C'est pourquoi la reconquête des territoires doit également permettre aux populations de reprendre progressivement leurs activités économiques.
L'éducation représente un autre enjeu majeur. Une génération entière ne peut pas être sacrifiée à cause de la guerre. Un enfant qui ne peut plus aller à l'école pendant plusieurs années risque de subir des conséquences qui peuvent durer toute sa vie. Le Burkina Faso doit donc trouver les moyens de maintenir ou de restaurer l'accès à l'éducation dans les zones affectées. L'école devient alors beaucoup plus qu'un simple lieu d'apprentissage : elle devient un instrument de reconstruction nationale.
La jeunesse occupe naturellement une place centrale dans cette histoire. Le Burkina Faso est un pays jeune et une grande partie de sa population est composée de personnes qui n'ont pas connu les premières années de l'indépendance, ni directement la révolution de Sankara, ni les premières décennies du régime Compaoré. Pour cette génération, l'histoire politique du pays est souvent racontée par les parents, les enseignants, les médias et les réseaux sociaux. Thomas Sankara est devenu pour beaucoup de jeunes une référence historique, tandis qu'Ibrahim Traoré est devenu une figure contemporaine particulièrement suivie par une partie de la jeunesse africaine.
Mais l'histoire doit permettre de distinguer la mémoire, le symbole et la réalité politique. Sankara appartient à l'histoire. Compaoré appartient à l'histoire. Kaboré appartient à l'histoire récente. Traoré appartient encore au présent. Et le présent ne peut pas être jugé comme un chapitre définitivement terminé. Les générations futures seront celles qui pourront véritablement mesurer les conséquences des décisions prises aujourd'hui.
La question de la gouvernance est donc essentielle. Depuis 2022, le Burkina Faso est dirigé par une transition militaire. Les autorités ont prolongé la période de transition, en mettant en avant la situation sécuritaire. En 2024, des assises nationales ont conduit à une prolongation de la transition de cinq ans à compter du 2 juillet 2024. Cette situation soulève un débat majeur : comment concilier la nécessité de répondre à une guerre avec le besoin de construire des institutions politiques durables ?
Ce débat ne concerne pas uniquement le Burkina Faso. Le Mali et le Niger connaissent également des transitions militaires prolongées. Toute la région se trouve donc confrontée à une question historique : comment construire des États forts sans affaiblir les institutions et les libertés publiques ?
La stabilité d'un pays ne repose pas uniquement sur la présence de soldats. Elle repose également sur la confiance entre les citoyens et les institutions. Elle repose sur la justice, l'accès à l'information, la capacité des journalistes à travailler, la possibilité pour les citoyens de débattre et la confiance dans les décisions publiques. Le Burkina Faso devra donc, tôt ou tard, répondre à cette question institutionnelle en plus de la question militaire.
L'économie constitue également un immense chantier. Le Burkina Faso dispose de ressources importantes, notamment dans le secteur aurifère. L'or représente une source majeure de revenus pour le pays. Mais la véritable question est de savoir comment transformer les ressources naturelles en développement durable. Exporter une matière première rapporte des revenus ; la transformer localement peut permettre de créer davantage d'emplois, de compétences industrielles et de valeur ajoutée. La souveraineté économique passe donc aussi par la capacité à transformer les ressources du pays sur place.
Le même raisonnement peut être appliqué à l'agriculture. Le Burkina Faso possède un savoir-faire agricole ancien et une population rurale importante. Développer l'irrigation, améliorer les techniques agricoles, renforcer le stockage, transformer localement les produits et faciliter leur commercialisation pourrait permettre de créer davantage de richesse à l'intérieur du pays. La souveraineté alimentaire devient ainsi une composante essentielle de la souveraineté nationale.
Il faut également parler de la culture. Depuis les royaumes anciens jusqu'au Burkina Faso contemporain, le territoire a toujours été marqué par une extraordinaire diversité de peuples, de langues, de traditions et de croyances. Les Mossi, les Bobo, les Gourmantché, les Sénoufo, les Lobi, les Dagara, les Peul, les Gourounsi, les Samo, les Marka et de nombreux autres groupes constituent ensemble la richesse humaine du pays. La construction du Burkina Faso ne peut donc pas être réduite à une seule identité. Elle repose sur la coexistence de nombreuses histoires particulières qui se sont progressivement rencontrées.
Cette diversité représente une force, mais elle doit être protégée. Les conflits peuvent facilement être instrumentalisés lorsqu'ils se mélangent aux tensions sociales, économiques ou communautaires. La reconstruction du Burkina Faso devra donc également passer par la cohésion sociale. Il ne suffit pas de reprendre un territoire militairement ; il faut également reconstruire la confiance entre les communautés.
C'est peut-être l'un des plus grands enseignements de toute l'histoire racontée dans cette série. Le Burkina Faso n'est pas né en 1960. Il n'est pas né en 1983. Il n'est pas né en 1987. Il n'est pas né en 2014 ou en 2022. Le Burkina Faso est le résultat de siècles de migrations, de royaumes, de villages, de familles, de résistances, de rencontres, de conflits, de commerce, de colonisation et de construction politique.
Avant la Haute-Volta, il y avait déjà des sociétés organisées.
Avant la colonisation, il existait déjà des royaumes et des autorités politiques.
Avant les frontières modernes, les peuples circulaient déjà.
Avant Ouagadougou capitale politique, il existait déjà une histoire ancienne du pouvoir dans cette région.
Avant l'État moderne, il existait déjà une mémoire.
Et c'est cette mémoire qui donne au Burkina Faso contemporain une profondeur historique particulière.
Aujourd'hui, le pays doit donc écrire un nouveau chapitre. Il doit affronter une crise sécuritaire majeure, reconstruire son économie, protéger sa jeunesse, renforcer son agriculture, développer ses infrastructures, maintenir la cohésion entre ses communautés et définir une nouvelle place dans l'Afrique de l'Ouest.
Le retrait de la CEDEAO et la construction de l'AES montrent déjà que le Burkina Faso veut participer à une nouvelle architecture régionale. Mais l'avenir dira si cette nouvelle orientation permettra de renforcer durablement la sécurité et le développement du pays. La coopération entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger constitue une expérience historique dont les résultats seront observés bien au-delà du Sahel.
Et au-delà des dirigeants, des militaires, des partis et des alliances, il reste une réalité fondamentale : l'avenir du Burkina Faso appartient d'abord à son peuple.
Ce sont les agriculteurs qui cultivent la terre.
Ce sont les enseignants qui transmettent le savoir.
Ce sont les médecins et les infirmiers qui soignent.
Ce sont les commerçants qui font vivre les marchés.
Ce sont les ouvriers qui construisent.
Ce sont les entrepreneurs qui créent des activités.
Ce sont les artistes qui racontent la société.
Ce sont les journalistes qui documentent l'époque.
Ce sont les jeunes qui portent les rêves du pays.
Et ce sont les familles qui transmettent aux générations futures la mémoire de ce que le Burkina Faso a traversé.
L'histoire du pays est donc loin d'être terminée.
Elle continue dans les villages, dans les villes, dans les écoles, dans les marchés, dans les casernes, dans les champs, dans les entreprises, dans les studios de musique et dans les rues de Ouagadougou.
Elle continue également dans la mémoire de Yennenga, dans l'histoire des royaumes mossi, dans la résistance à la colonisation, dans la naissance de la Haute-Volta, dans l'indépendance de 1960, dans les combats politiques de la Première République, dans la révolution de Thomas Sankara, dans les 27 années de Blaise Compaoré, dans l'insurrection de 2014 et dans les bouleversements de 2022.
Chaque époque a laissé une question à la génération suivante.
Et aujourd'hui, la question est peut-être la plus importante de toutes :
Quel Burkina Faso les Burkinabè veulent-ils construire pour les générations qui viennent ?
Un Burkina Faso plus souverain ?
Plus sécurisé ?
Plus industrialisé ?
Plus juste ?
Plus démocratique ?
Plus autonome économiquement ?
Plus uni ?
Ou capable de réunir toutes ces ambitions en même temps ?
La réponse ne sera pas donnée par un seul homme.
Elle ne sera pas donnée uniquement par l'armée.
Elle ne sera pas donnée uniquement par un gouvernement.
Elle sera construite progressivement par toute une société.
Car une nation ne se construit pas seulement avec des discours.
Elle se construit avec des écoles.
Avec des routes.
Avec des hôpitaux.
Avec des emplois.
Avec une agriculture forte.
Avec une industrie.
Avec une justice crédible.
Avec des institutions solides.
Avec une population protégée.
Et surtout avec une mémoire collective capable de regarder son passé sans l'effacer.
🇧🇫 CONCLUSION — LES RACINES D'UN PEUPLE, L'AVENIR D'UNE NATION
En commençant cette série, nous sommes revenus à une époque où le Burkina Faso n'existait pas encore sous ce nom. Nous avons parcouru les sociétés anciennes, les peuples, les migrations et les royaumes. Nous avons rencontré Yennenga, suivi la naissance de la tradition mossi, découvert Tenkodogo, Ouagadougou et les institutions du Moro-Naba. Nous avons parlé des Bobo, des Gourmantché, des Sénoufo, des Lobi, des Dagara, des Peul et de tant d'autres peuples.
Nous avons ensuite traversé la période de la colonisation française, la création de la Haute-Volta en 1919, sa suppression en 1932, sa renaissance en 1947, puis la montée des revendications politiques qui conduisent à l'autonomie et finalement à l'indépendance.
Nous avons vu Maurice Yaméogo, la Première République, Sangoulé Lamizana, les différents régimes militaires, puis l'arrivée de Thomas Sankara et la révolution de 1983.
Nous avons raconté le drame du 15 octobre 1987, l'arrivée de Blaise Compaoré, ses 27 années de pouvoir et finalement l'insurrection populaire de 2014.
Nous avons suivi la transition, l'élection de Roch Marc Christian Kaboré, la montée de l'insécurité et les deux coups d'État de 2022.
Et nous sommes arrivés jusqu'à l'époque d'Ibrahim Traoré, de l'AES, du nouveau débat sur la souveraineté et des défis immenses auxquels le Burkina Faso est encore confronté aujourd'hui.
Cette histoire nous enseigne une chose essentielle :
le Burkina Faso n'est pas seulement une succession de présidents.
C'est une histoire de peuples.
Une histoire de résistance.
Une histoire de mémoire.
Une histoire de jeunesse.
Une histoire de courage.
Une histoire de crises.
Mais surtout, une histoire qui continue.
Le dernier mot de cette série ne doit donc pas être « fin ».
Il doit être :
« À SUIVRE… »
Parce que l'histoire du Burkina Faso n'est pas terminée.
Elle est en train de s'écrire.
🇧🇫 DIBAWORLD – LES CHRONIQUES D’AFRIQUE


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