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ÉPISODE 19 — IBRAHIM TRAORÉ : LA NOUVELLE ÈRE MILITAIRE ET LA QUÊTE DE SOUVERAINETÉ DU BURKINA FASO

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ÉPISODE 19 — IBRAHIM TRAORÉ : LA NOUVELLE ÈRE MILITAIRE ET LA QUÊTE DE SOUVERAINETÉ DU BURKINA FASO

Après les deux coups d’État de 2022, le Burkina Faso entre dans une nouvelle phase de son histoire. Le premier coup d’État, en janvier, avait renversé Roch Marc Christian Kaboré et porté le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba au pouvoir. Mais quelques mois plus tard, le 30 septembre 2022, Damiba est à son tour renversé. À la tête du nouveau mouvement se trouve un jeune capitaine de 34 ans : Ibrahim Traoré. Son arrivée marque le début d'une période politique nouvelle, dans laquelle la lutte contre les groupes armés, la souveraineté nationale, la réorganisation de l'armée et la transformation des relations extérieures vont occuper une place centrale. Depuis son arrivée au pouvoir, la transition militaire s'est prolongée au-delà du calendrier initialement annoncé, tandis que le gouvernement justifie cette prolongation par la poursuite de la crise sécuritaire.

Lorsque Ibrahim Traoré prend la direction du pays, le Burkina Faso est profondément marqué par plusieurs années de violences. Des milliers de personnes ont été tuées dans les affrontements et les attaques, tandis que des millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays. Les régions du nord et de l'est sont particulièrement affectées, mais la crise touche progressivement une partie beaucoup plus large du territoire. Les forces de défense et de sécurité sont sollicitées sur plusieurs fronts et le gouvernement doit également faire face aux besoins des populations déplacées.

Le nouveau pouvoir militaire présente alors une priorité : reprendre le contrôle du territoire et renforcer les capacités nationales de défense. L'objectif affiché est de donner davantage de moyens aux forces armées et de mobiliser plus largement la population dans la lutte contre les groupes armés. Les Volontaires pour la défense de la patrie, déjà utilisés sous les gouvernements précédents, prennent une importance considérable dans cette stratégie. Le Burkina Faso cherche ainsi à augmenter le nombre de personnes participant directement à la défense du territoire.

Mais l'arrivée de Traoré ne constitue pas seulement un changement à l'intérieur du pays. Elle s'accompagne également d'une évolution importante de la politique étrangère. Le nouveau pouvoir insiste davantage sur la souveraineté nationale et sur la nécessité pour le Burkina Faso de déterminer lui-même ses partenaires et ses stratégies de sécurité. Cette orientation conduit à une transformation des relations avec certains partenaires occidentaux et à un rapprochement avec d'autres acteurs internationaux.

Le rapport avec la France devient notamment de plus en plus tendu. Après plusieurs années de coopération militaire franco-burkinabè, le nouveau pouvoir demande le départ des forces françaises présentes dans le pays. La France retire alors ses forces du Burkina Faso en 2023. Cette rupture s'inscrit dans un contexte régional plus large : au Mali et au Niger, deux autres gouvernements militaires ont également pris leurs distances avec la France. Le Sahel connaît donc une transformation profonde de ses alliances sécuritaires.

Dans le même temps, le Burkina Faso cherche à renforcer ses relations avec ses voisins du Sahel. Le Mali et le Niger sont eux aussi dirigés par des autorités militaires arrivées au pouvoir à la suite de coups d'État. Les trois pays commencent progressivement à développer une coopération plus étroite.

En septembre 2023, le Burkina Faso, le Mali et le Niger créent l'Alliance des États du Sahel, connue sous le nom d'AES. Cette alliance vise notamment à renforcer leur coopération en matière de défense et de sécurité, mais également dans d'autres domaines. L'idée est de permettre aux trois États de coordonner davantage leurs actions face aux problèmes qu'ils rencontrent dans la région.

Cette coopération devient encore plus importante lorsque les trois pays décident de quitter la CEDEAO, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest. Leur retrait devient effectif en janvier 2025. L'AES cherche alors à développer ses propres mécanismes de coopération entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. En décembre 2025, les trois pays annoncent notamment le lancement d'un bataillon conjoint destiné à renforcer leurs opérations contre les groupes armés.

Pendant cette période, le Burkina Faso développe également une coopération militaire plus étroite avec la Russie. Le gouvernement burkinabè cherche à diversifier ses partenaires militaires et à réduire sa dépendance envers certains partenaires occidentaux. Des instructeurs et des éléments russes arrivent dans le pays dans le cadre de cette nouvelle coopération. Pour les autorités burkinabè, cette évolution s'inscrit dans leur volonté de renforcer la souveraineté du pays et de choisir librement ses partenaires.

Mais sur le terrain, le problème sécuritaire reste extrêmement difficile. Les groupes armés liés notamment à Al-Qaïda et à l'État islamique continuent de mener des attaques dans plusieurs régions du Sahel. Le Burkina Faso demeure l'un des pays les plus affectés par cette crise. Les forces armées et les VDP sont engagés dans de nombreuses opérations, mais les violences continuent de provoquer des pertes humaines et des déplacements de populations. En décembre 2025, les dirigeants du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont encore appelé à renforcer les opérations militaires conjointes contre les groupes armés.

La situation sécuritaire devient donc le principal argument utilisé par les autorités pour expliquer la prolongation de la transition. Lorsque Ibrahim Traoré prend le pouvoir en 2022, l'objectif initial était de préparer progressivement un retour à l'ordre constitutionnel. Des élections avaient été envisagées pour 2024. Mais les autorités estiment ensuite que les conditions sécuritaires ne permettent pas encore d'organiser un scrutin national. Le calendrier de transition est donc prolongé.

En mai 2024, les autorités organisent les Assises nationales consacrées à la transition. À l'issue de ces discussions, la période de transition est prolongée de cinq ans à partir du 2 juillet 2024. Ibrahim Traoré reste donc à la tête du pays pendant cette nouvelle période de transition.

Cette prolongation provoque des débats importants. Les autorités expliquent leur décision par la priorité donnée à la reconquête du territoire et à la sécurité. Des organisations politiques et de la société civile critiquent, elles, la prolongation de la transition et les restrictions imposées à la vie politique.

Parallèlement, l'espace politique et médiatique connaît d'importantes transformations. Les activités de plusieurs organisations politiques sont suspendues et plusieurs médias sont confrontés à des restrictions. Des journalistes et des personnes critiques du pouvoir font également l'objet de mesures coercitives. Des organisations de défense des droits humains ont dénoncé ces pratiques et accusé les autorités de réduire fortement l'espace disponible pour la contestation et le journalisme indépendant. Le gouvernement n'accepte pas toutes ces accusations et affirme que les mesures prises sont liées au contexte sécuritaire et à la nécessité de protéger les opérations militaires.

La question de la liberté d'expression devient donc progressivement l'un des sujets importants de cette nouvelle période. Le pouvoir affirme vouloir protéger la sécurité nationale et lutter contre la désinformation pendant les opérations militaires. Des organisations de défense des droits humains et des journalistes, de leur côté, alertent sur les conséquences de certaines restrictions.

La période Traoré est également marquée par un discours économique axé sur la transformation du Burkina Faso. Les autorités parlent davantage de développement local, de transformation des matières premières et de réduction de la dépendance économique extérieure. Le gouvernement insiste notamment sur la nécessité de transformer davantage les ressources produites au Burkina Faso avant leur exportation.

L'or occupe une place particulièrement importante dans cette réflexion. Le Burkina Faso est un producteur important d'or et le secteur minier représente une source majeure de revenus pour l'économie. Le gouvernement cherche à renforcer le contrôle national sur les ressources minières et à augmenter la participation de l'État dans certains projets.

Cette politique s'inscrit dans un discours plus large sur la souveraineté économique. L'idée défendue par les autorités est que le pays doit davantage contrôler ses ressources naturelles et utiliser une plus grande partie de la valeur créée par son économie pour financer son propre développement.

Dans le domaine agricole, le gouvernement met également en avant la nécessité d'augmenter la production nationale et de réduire la dépendance aux importations. La sécurité alimentaire devient particulièrement importante dans un pays où des millions de personnes sont affectées directement ou indirectement par la crise sécuritaire.

Mais la guerre contre les groupes armés continue de peser lourdement sur l'économie. Les déplacements de populations perturbent l'agriculture. Certaines zones deviennent difficiles d'accès. Les infrastructures sont endommagées. Les dépenses militaires augmentent. Les besoins humanitaires restent considérables.

Le Burkina Faso se trouve donc face à une contradiction majeure : le gouvernement veut accélérer le développement économique et renforcer la souveraineté nationale, mais une grande partie des ressources publiques doit également être consacrée à la sécurité.

Sur le plan international, la nouvelle orientation du Burkina Faso attire beaucoup d'attention. Ibrahim Traoré devient progressivement une personnalité connue au-delà des frontières du pays. Son discours sur la souveraineté, l'indépendance et la transformation économique est particulièrement suivi par une partie de la jeunesse africaine.

Mais cette popularité ne signifie pas que toutes les populations ou tous les acteurs politiques partagent la même vision. Des critiques persistent concernant la situation sécuritaire, la durée de la transition, les libertés publiques et la gestion du pays. Les autorités, de leur côté, affirment que leur priorité reste la défense du territoire et que certaines décisions exceptionnelles sont liées au contexte de guerre.

Le Burkina Faso se retrouve ainsi au centre d'un débat plus large sur l'avenir politique de plusieurs pays du Sahel : faut-il privilégier le retour rapide aux institutions électorales ou prolonger les régimes de transition jusqu'à ce que les autorités estiment les conditions sécuritaires suffisamment stabilisées ?

Cette question reste particulièrement importante.

En 2026, le régime de transition dirigé par Ibrahim Traoré continue de gouverner le Burkina Faso. En avril 2026, Traoré a déclaré publiquement que les élections seraient organisées lorsque la situation sécuritaire le permettrait et a rejeté l'idée de faire de la démocratie électorale la priorité immédiate. Son gouvernement avait auparavant dissous les partis politiques en janvier 2026. Ces décisions ont suscité des critiques, notamment de la part d'organisations de défense des droits humains.

Ainsi, l'histoire récente du Burkina Faso ne peut pas être racontée uniquement à travers les changements de présidents ou les coups d'État. Elle est aussi l'histoire d'un pays confronté à une crise sécuritaire profonde, d'une population déplacée, d'une armée mobilisée, d'une jeunesse qui réclame davantage de souveraineté et d'un État qui cherche de nouvelles méthodes pour assurer sa sécurité et son développement.

Depuis 2022, Ibrahim Traoré a donc profondément transformé l'orientation politique du Burkina Faso. Le pays s'est éloigné de plusieurs partenaires traditionnels, a renforcé ses relations avec le Mali et le Niger au sein de l'AES, a développé une coopération plus importante avec la Russie et a placé la souveraineté nationale au centre de son discours.

Mais le principal défi reste toujours le même : la sécurité du territoire et la protection des populations.

Le Burkina Faso a connu Thomas Sankara et sa révolution. Il a connu les 27 années de Blaise Compaoré. Il a connu la chute de Compaoré, la transition, l'élection de Roch Kaboré, puis deux coups d'État en 2022. Avec Ibrahim Traoré, le pays ouvre une nouvelle page dont l'issue dépendra notamment de l'évolution de la situation sécuritaire, de l'organisation des institutions et de la capacité de l'État à répondre aux besoins de sa population.

L'histoire du Burkina Faso montre ainsi une succession de transformations : révolution, régime militaire, multipartisme, longue présidence, insurrection populaire, transition, retour au pouvoir civil, crise sécuritaire et nouvelle période militaire.

Et l'histoire continue.

🇧🇫 FIN DE L'ÉPISODE 19

ÉPISODE 20 — LE BURKINA FASO AUJOURD'HUI : SOUVERAINETÉ, AES, SÉCURITÉ ET LES GRANDS DÉFIS DE L'AVENIR

DIBAWORLD – LES CHRONIQUES D'AFRIQUERaconter l'histoire de l'Afrique, une époque à la fois.


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